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Si l’accord de Jay-Z avec la NFL vous surprend, c’est que vous n’avez pas bien suivi la carrière de Jigga

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L’annonce de la signature d’un accord entre le magna du Hip-Hop, Jay-Z et la NFLLa Ligue Nationale de Football Américain – a suscité de vives réactions au sein de la communauté noire américaine, mais également auprès des afro-descendant·e·s à travers le monde. Oui, nous ne sommes pas tous américain·e·s mais l’actualité des noir·e·s dans ce qui est aujourd’hui considéré comme la première puissance mondiale rythme notre fil d’actualité.

En plus de devenir copropriétaire d’une équipe de la NFL (qui n’a pas encore été révélée), le rappeur et homme d’affaires originaire de Brooklyn s’occupera de la programmation musicale des événements organisés par la NFL – dont le légendaire Super Bowl – et proposera des programmes de divertissement axés sur la justice sociale, selon les termes du contrat.

Si ce contrat provoque autant d’indignation, c’est qu’il survient trois ans après que l’ancien joueur de la NFL Colin Kaepernick, se soit engagé dans un bras de fer contre l’institution en s’agenouillant lors de l’hymne américain pour protester contre les violences policières faites aux Noir·e·s Américain·e·s. Limogé par la NFL et critiqué par la frange conservatrice de l’Amérique, Kaepernick est par la suite devenu le symbole d’un mouvement de protestation qui n’a cessé de prendre de l’ampleur. Plusieurs personnalités, Afro-Américaines ou non, ont ainsi apporté leur soutien au joueur, de Stevie Wonder à Ava DuVernay, en passant par Pharrell Williams ou Alyssa Milano. En 2019, Rihanna appelle même au boycott de l’événement et refuse de s’y produire pendant la mi-temps. Comble du comble, Jay-Z lui même rappait ces paroles dans son titre ‘APES**T’ , aux côtés de son épouse, Beyonce: « J’ai dit non au Super Bowl / Vous avez besoin de moi, je n’ai pas besoin de vous ».

Ce deal qui survient alors même que Colin Kaepernick n’a jusqu’à ce jour été recruté dans aucune nouvelle équipe est donc vécu par beaucoup d’afro-américain·e·s comme un désaveu, pire, une trahison de la part de celui qui est récemment devenu le premier milliardaire issu de la scène Hip-Hop.

Jay-Z – Shawn Carter de son vrai nom – estime quant à lui que désormais la lutte contre les injustices sociales aux Etats-Unis a besoin d’un nouveau souffle si l’on suit sa ligne défense: “C’est l’opportunité de faire autre chose que s’agenouiller, et de se mettre à agir”.

Quiconque a porté son attention sur Jay-Z pendant plus de 30 ans de carrière dans le rap n’a toutefois pas été surprisShawn Carter est, après tout et avant tout, un magnat. Une entreprise. Il a toujours tissé son activisme politique avec la loyauté capitaliste. S’attendre à autre chose de sa part, même en ce moment où le nationalisme blanc est à son paroxysme sous l’ère Trump, c’est probablement mal comprendre ce qu’il a toujours défendu: le dollar. Le cash. Le blé. Le fric. La moula.

On parle du mec qui alignait les métaphores faisant allusion à l’argent dans ses morceaux comme lorsqu’il rappait “I’m gon’ get richer, by any means, with that thing Malcolm palmed in the picture,” ou encore “I’m like Che Guevara with bling on, I’m complex”. Il y a ceux qui voient la justice en termes de vérité, d’impartialité et d’équité. Et puis il y a ceux qui, comme Jay-Z, la voient en terme de richesse, de pouvoir et *éventuellement* d’équité.

Ne dit-on pas que « Tout homme a son prix »? La NFL semble avoir trouvé celui de Jay-Z. Après avoir lui-même critiqué la ligue et soutenu Kaepernick dans le temps, le rappeur a fait marche arrière. Il aurait même déclaré avoir demandé à Travis Scott de ne pas se produire lors du dernier Super Bowl, non pas à cause de ‘l’affaire Kaepernick’, mais parce que Travis Scott serait passé au second plan et aurait joué le deuxième violon pour Maroon 5.

La philosophie du ‘Cash Rules Everything Around Me’ face aux injustices sociales

Jay-Z n’est pas le premier noir américain à vouloir jouer la carte du «C.R.E.A.M » – Cash Rules Everything Around Me (« l’argent dirige tout autour de moi ») – pour prétendre répondre aux injustices sociales. Tout au long du XXe siècle, de nombreux militants noirs ont avancé des arguments similaires – fondé sur la loi du marché – en matière de droits civils pour soutenir une logique selon laquelle la création de richesses et l’acquisition d’un véritable pouvoir économique pourraient faire pencher la balance quant au racisme et aux injustices sociales.

Historiquement, de nombreux leaders noirs importants ont adopté des stratégies économiques pour aider les Afro-Américains à au moins mieux faire face au racisme. En 1920, la Urban League est créée afin de permettre aux Afro-Américain·e·s « d’obtenir leur indépendance financière, la parité, le pouvoir, et les droits civiques ». En 1960, les dirigeant du Congress of Racial Equality (littéralement « Congrès pour l’égalité des races ») ou CORE proposent au Congrès un projet de loi sur l’ autodétermination des communautés, qui préconise la création d’une Société de développement communautaire sur le modèle La Banque Mondiale, financée par le Trésor américain, qui financerait et garantirait le logement et des prêts pour les entreprises au sein de la communauté noire. Ce projet de loi a en fait été présenté au Sénat cette année-là, avec le soutien de plusieurs républicains, bien qu’il n’ait abouti à rien.

Roy Innis, co-directeur du CORE avec Floyd McKissick, avait alors fait une déclaration sensiblement similaire à celle de Jay-Z avant de finalement quitter le CORE et le monde du travail à but non lucratif pour créer la société McKissick Enterprises, spécialisée dans le développement immobilier commercial. Il l’a lancée avec un manifeste intitulé «Dédiés à la construction d’un pouvoir économique noir». Il était ainsi littéralement en train de poser les prémices du Capitalisme Noir. Aujourd’hui, on pourrait dire que Jay-Z est en train de concrétiser le rêve le plus fou de McKissick: c’est un milliardaire qui met l’accumulation des richesses au centre de sa théorie du changement et de l’émancipation. 

Dans le meilleur des cas, Jay-Z est animé par des bonnes intentions mais sous-estime les enjeux d’un tel partenariat/ surestime ses connaissances; dans le pire, il est juste prêt à sacrifier toute personne et toute cause pour atteindre ses objectifs.

Shawn Carter a offert à la NFL un accès sans culpabilité au public, à la culture, aux artistes et aux influenceurs Noirs. La question qui se pose est de savoir si Jay-Z a tiré les leçons des échecs du passé quant au capitalisme noir ou s’il reproduira simplement les mêmes erreur. Le capitalisme noir a souvent été utilisé comme un leurre au lieu d’un compte rendu honnête d’un problème systémique.

Freddy M.
Freddy M.
Épicurien - Afro-Hispter - Toulousain mais pas trop.

1 COMMENTAIRE

  1. Toujours aussi bien écrit et documenté et drôle et instructif et ouvert à la discussion et constructif et analytique et intelligent et déconstruit et sucré et croustillant et pimenté.

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