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Ma relation toxique avec les crèmes éclaircissantes et produits décapants

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Stephanie Yeboah a commencé à utiliser les crèmes blanchissantes à l’âge de 14 ans. Dans le cadre d’une série intitulée Shades of black, elle écrit à propos du fait de croire que sa valeur était liée à son teint et sur ce qui s’est passé lorsque des effets secondaires ont commencé à se produire.

Par une chaude journée d’été en 2003, je rentre chez moi dans le quartier de Battersea, dans le sud de Londres, après m’être relaxée avec des amies à la piscine extérieure locale. Le soleil a peint sur ma peau couleur café une teinte plus profonde d’acajou.

Je fais un détour par mon magasin local de produits capillaires et de beauté afro. « Je vais prendre comme d’habitude », dis-je au commerçant. Il me tend deux bouteilles de ce que j’ai appelé mon « crack crémeux » – des crèmes éclaircissantes pour la peau, à l’hydroquinone, un ingrédient chimique interdit en Europe, en Australie et au Japon depuis 2001 en raison de sa teneur élevée en mercure. (Comment le commerçant les a obtenues, je ne m’en suis jamais préoccupée. Je sais simplement qu’il semblait avoir du stock à ne plus en finir.)

Ma relation toxique avec les crèmes éclaircissantes a débuté lorsque j’avais 14 ans. C’est une *tradition* que j’ai héritée des femmes de ma famille afro-caribéenne. Je regardais ma mère qui était plus claire de peau que moi, fouiller les allées des magasins pour cheveux et produits de beauté afro afin de trouver ses crèmes éclaircissantes préférées. Au fond, je pense qu’elle savait que ce n’était pas sain. Mais comme beaucoup d’autres femmes africaines de première génération du même âge, elle décrivait sa routine de blanchiment comme « tonifiante », prétextant l’élimination de taches brunes bénignes, et uniquement sur son visage. Au fil du temps, je l’ai vue les utiliser sur la totalité de son corps.

Au collège, je voyais tous les garçons aduler les filles plus claires ou métisses, avec leurs traits eurocentriques et leurs belles boucles. Puis, je rentrais chez moi et regardais des mannequins métisses se faire suivre par des rappeurs à la peau foncée dans des clips vidéos sur MTV Base rap.

Même pour les hommes à la peau plus foncée, les filles à la peau foncée ne semblaient jamais l’emporter.

Le message résonnait en moi : ta valeur en tant que femme ne signifie rien si tu as un pigment plus foncé. J’étais déjà violemment harcelée à l’école à cause de mon poids, et être plus foncée en plus aggravait la situation, au point où je trouvais des excuses pour rester à la maison. Pendant des années, j’ai prié pour que Dieu rende ma peau plus claire chaque jour.

Le commerçant asiatique dans mon magasin de produits de beauté local m’a fait des recommandations non sollicitées de ses meilleurs produits pendant un certain temps, aussi, dès que j’ai été assez grande pour les acheter sans ma mère, j’ai commencé le laborieux processus pour rendre ma peau plus claire.

J’appliquais la crème trois fois par jour sur mon visage et mon corps. Je me rappelle de la forte odeur métallique qui me rappelait l’ammoniac et me faisait sentir comme un laboratoire chimique. Je me rappelle de cette texture dense et collante qui me prenait une éternité à étaler sur ma peau. Je me souviens avoir attendu des dizaines de minutes pour que ça sèche.

Plus tard, cela a rendu ma peau sensible au soleil et je devais appliquer une crème solaire avec un SPF (Ndlr : indice de protection solaire) très élevé. Ça me laissait des traces violacées sur la peau, qui devenaient ternes et grisâtres – un effet secondaire de l’hydroquinone.

Je vis lentement l’éclaircissement très progressif de ma peau, ce qui me donna un sentiment de jubilation. Mais j’ai aussi ressenti de l’irritation et de l’inflammation sur mes avant-bras et mes tibias ; mes joues et mon menton sont devenus irrités et écailleux. Après environ 18 mois de blanchiment, j’ai dû arrêter. Mon pigment naturel est revenu lentement, me donnant un soulagement physique mais me laissant aussi avec chagrin – j’étais bouleversée de devoir abandonner le teint dont je rêvais.

En 2013, à 23 ans, j’ai passé quelques mois à Harlem. J’ai remarqué une attention extrêmement positive et des compliments au sujet de mon teint de la part d’hommes blancs, ce qui était intéressant et nouveau pour moi – cela ne s’était pas souvent produit au Royaume-Uni. Mais, comme au Royaume-Uni, sur les panneaux d’affichage et autres publicités, même dans ce quartier à prédominance noire, je ne voyais que des femmes à la peau claire présentées comme l’incarnation de la beauté et de la classe. Bien que je n’ai pas vu de pratiques liées à l’éclaircissement de la peau à Harlem, cela me rendait triste de constater qu’à travers la diaspora, avoir une peau plus claire était toujours considéré comme [être] supérieur.

Réalisant que ma peau n’était pas désirable ni au Royaume-Uni, ni aux États-Unis ou en Afrique de l’Ouest, je me sentais déchirée, comme si je n’avais ma place nulle part. J’ai commencé à intérioriser ces sentiments et à développer une faible estime de moi. J’avais le sentiment que je ne pourrais jamais être aimée, admirée ou désirée à cause de ma peau.

Lorsque je suis rentrée au Royaume-Uni, je savais que je devais commencer le lent chemin qui mène vers l’amour de soi. J’ai commencé à suivre des blogueuses beauté et des mannequins à la peau foncée sur les réseaux sociaux et, en voyant ces belles femmes aimer et embrasser leur peau si publiquement, cela m’a donné la force de voir la beauté et le pouvoir en ma propre peau foncée. J’ai commencé à en tomber amoureuse.

Acajou profond. Chocolat noir. J’aime comment je scintille quand il fait beau. J’adore comment le reflet doré se projette dessus. J’aime la façon dont la peau sur mon corps accentue mes vergetures beiges. J’aime la façon dont ça accentue mes traits d’Afrique de l’Ouest, comme mon nez et mes pommettes.

Au fur et à mesure que je me sentais plus à l’aise dans ma peau, j’ai commencé à expérimenter les couleurs plus vives et les motifs plus audacieux en matière de mode. Le jaune, l’orange et le fuchsia, en particulier, paraissent incroyables sur les carnations foncées, et je suis toujours partisane d’un peu de color block (Ndlr : l’art d’entrechoquer les couleurs).

En regardant en arrière, je ressens un profond sentiment de douleur et de regret. J’aurais voulu pouvoir dire à l’adolescente Stéphanie qu’elle est dotée d’une belle peau et de ne pas essayer de la changer. Elle est précieuse et appréciée en tant que femme à la peau foncée.

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