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Et si «Us» était une métaphore complexe de la santé mentale des Noirs

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Cet article a été traduit et adapté de l’article de Aaron Barksdale pour Vice Magazine.

En mars 2019, le réalisateur Jordan Peele – à qui l’on doit le film primé aux Oscars, Get Out – faisait son retour sur grand écran avec Us, un film qui aborde la notion de moi multiple, de clone, de jumeau maléfique. En tant que tel, il pourrait être considéré comme une métaphore de la santé mentale, en particulier au sein de la communauté noire.

L’intrigue se concentre sur Adelaide Wilson (Lupita Nyong’o), qui, enfant, a eu une rencontre fortuite avec un méchant doppelgänger (double maléfique) lors de sa visite dans un parc d’attractions au bord de la plage. Des années plus tard, à l’âge adulte, elle, son mari et leurs deux enfants retournent dans leur maison d’enfance pour des vacances d’été. L’intrigue complètement barge s’ensuit après que quatre êtres malveillants qui s’appellent eux-mêmes «Tethered» et semblent identiques à la famille Wilson envahissent leur maison. Le film prend une tournure psychologique qui se termine avec un Twist final assez troublant.

Get Out qui traitait remarquablement du racisme et de la négrophobie, s’adressait surtout à un public noir tout en divertissant le regard blanc. Us adresse une message plus universel en traitant de la dualité de la nature humaine. Chaque personnage du film, quelle que soit son origine ethnique, a son double maléfique. A la fin du film, on apprend notamment que ces doubles sont tous des clones créés dans le cadre d’une expérience infructueuse du gouvernement et qu’ils ont été abandonnés dans les tunnels souterrains à travers le pays.

Ces doubles peuvent être analysés comme une représentation physique des peurs des personnages, de leurs angoisses et de leurs instincts les plus bas. Traiter des manifestations des démons intérieurs est une expérience à laquelle n’importe qui peut s’identifier, sans distinction de race. Cependant, il serait peu avisé d’ignorer le fait que les personnages principaux sont une famille afro-américaine ou de supposer que tous les problèmes de santé mentale sont les mêmes d’un groupe ethnique à un autre.

La famille Wilson incarne un type de personne noire que l’on ne voit généralement que rarement dans les films ou à la télévision. Pour commencer, ils sont riches. Le film commence avec leur voyage vers leur maison d’été pour des vacances. Les parents, interprétés par Winston Duke et Lupita Nyong’o, sont tous deux bien éduqués, le personnage de Duke arborant fièrement un sweat-shirt désormais emblématique de la Howard University pendant la majeure partie du film. Tous ces éléments sont des indicateurs d’un statut de classe supérieure, mais le fait qu’ils soient noirs ne permet pas aux Wilson de contourner le traumatisme causé par l’oppression sociale, qui se matérialise sous la forme de leurs répliques captives.

L’un des thèmes traités tout au long du film est l’idée d’une lutte de classe entre un groupe opprimé et un groupe privilégié, qui peut également être interprétée comme une critique raciale. Le film fait référence à Hand Across America, une campagne militante de 1986 au cours de laquelle environ 6,5 millions de personne se sont tenues la main dans une chaîne humaine d’un océan à l’autre pour collecter des fonds pour les sans-abris. Aux Etats-Unis, les noir·e·s sont surreprésenté·e·s de manière disproportionnée parmi les sans-abris.

Selon la National Alliance to End Homeless, les noir·e·s américains représentent 40% de la population des sans-abri, alors qu’ils ne représentent que 13% de la population en général. Une maladie mentale non traitée laisse beaucoup de personnes vulnérables à l’insécurité du logement, en particulier les personnes issues des minorités ethniques. Dans le contexte de la santé mentale, la composante “Hands Across America” ​​du film est particulièrement importante dans la mesure où les personnes vivant dans la pauvreté ont plus de chances de lutter contre la maladie mentale.

Mental Health in America, un organisme communautaire à but non lucratif dédié au bien-être mental, rapporte que plus de 16% des noir·e·s américains ont reçu un diagnostic de maladie mentale en 2014. Cela représente environ 6,8 millions de personnes, ce qui correspond au nombre de participants au programme Hands Across,  la campagne américaine que le film utilise comme force unificatrice entre les doubles.

Parallèlement à cela, le trouble de la personnalité multiple est enraciné dans la communauté noire et au sein des autres minorités en tant que moyen de survie. Les minorités doivent «changer de code» ou interpréter les traits de la culture dominante pour s’assimiler et éviter la discrimination. Cette fracture de soi a des conséquences réelles et peut se produire de diverses manières. En février, Thomas A. Vance, chercheur postdoctoral au Département de psychiatrie de l’Université Columbia, a alerté sur le fait que la communauté noire avait connu une augmentation du taux de problèmes de santé mentale, soulignant à la fois l’anxiété et la dépression. «Historiquement, la communauté noire a été et continue à être désavantagée en matière de santé mentale en étant sujette à des traumatismes liés à l’esclavage, à l’oppression, au colonialisme, au racisme et à la ségrégation», écrit Vance.

Pour compliquer davantage les choses, les discussions sur la santé mentale ont été stigmatisées au sein de la communauté noire , ce qui complique encore plus l’obtention de l’aide pour une population à risque. La tension entre la communauté noire et la santé mentale est exacerbée par une histoire d’abus et de négligence de la part du monde médical . Cependant, parler de santé mentale est devenu moins stigmatisé. Même au sein de la communauté noire, de plus en plus de personnalités publiques ont pris position et ont abordé la question.

En 2016, Kid Cudi a évoqué ses problèmes de santé mentale et admis qu’il s’était lui-même inscrit en cure de désintoxication pour soigner sa dépression et ses crises suicidaires. La même année, Kanye West a été hospitalisé pour une psychose temporaire . En 2018, Taraji P. Henson a fondé la Fondation Boris Lawrence Henson en l’honneur de son père. Dans une lettre ouverte, l’organisation a pour mission de combattre les stigmates liés à la santé mentale.

Tandis que la culture du silence autour de la santé mentale est en train d’évoluer, elle est abordée dans Us si l’on considère le fait qu’aucun des clones ne peut s’exprimer à l’exception de celui d’Adélaïde, Red. Malgré son aptitude à communiquer, sa voix est déformée et enrouée, laissant penser que le fait de parler lui fait éprouver une certaine douleur. C’est l’une des nombreuses subtilités du film qui évoque les obstacles à la résolution des problèmes de santé mentale en raison de pressions sociales.

Us est plus qu’un film d’horreur sur les tueries sanglantes de jumeaux maléfiques. Il met en lumière un problème important qui affecte énormément les communautés marginalisées. La véritable terreur n’est pas ce que nous voyons à l’écran mais ce qui se en chacun de nous.

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