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Ce soir où je me suis aussi vu refuser l’accès à un bar sans motif valable

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L’actrice Karidja Touré a récemment accusé le Café de l’Homme de “délit de faciès”. En effet, cette dernière affirme avoir été victime de discrimination dans ce restaurant de Paris, alors qu’elle allait prendre un verre avec ses amies. Si l’affaire est toujours en cours (la comédienne a déjà annoncé qu’elle avait rendez-vous avec son avocate pour porter plainte), ce récit a trouvé écho chez moi et m’a rappelé un récit que j’avais relaté sur la toile il y a maintenant sept ans (2012), alors que j’étais étudiant. Car, disons-le, en France, il y a encore beaucoup d’établissements où il faut littéralement montrer “patte blanche” pour entrer.

Pour le peu que je m’en souvienne, la seule fois où je relatai un cas de racisme à mon égard sur la toile, ce fut ce soir où je débarquai à moitié ivre sur TWITTER et que je me confiai ouvertement. (Avec du recul, j’ai un peu honte). Ce n’était pas la première fois que j’avais l’impression d’avoir vécu du racisme mais, c’était la première où je ne fis de place à aucun doute. Il faut dire qu’en France, le racisme est plutôt bien ficelé. Tout est fait pour que vous soyez celui qui prononce le mot « racisme » ou « raciste » en premier ; et là, on vous tombe littéralement dessus. Vous êtes alors accusé de jouer la carte de la victimisation, on vous explique qu’il existe également des cas récurrents de racisme anti-blanc et, certains ont même le culot – oui, je dis bien le culot – de se plaindre qu’aujourd’hui, on n’ait plus le droit de dire quoi que ce soit sans être taxé de raciste. C’est puéril, saupoudré de mauvaise foi, ça n’avance à rien et au final, tout le monde en ressort frustré. D’ailleurs dans un autre registre, j’ai toujours été intrigué par le fait qu’il suffise qu’un bambin somnole en cours pour alerter les assistantes sociales, mais qu’on ne se préoccupe pas assez de l’impact du racisme sur des enfants. Pour revenir à mon cas, j’eus bien à plusieurs reprises des soupçons de racisme structurel lorsque je recherchais mon premier logement à Grenoble, mais ça ne m’affecta pas, du moins pas assez pour que je m’y attarde. Ce fameux soir fut pour moi l’occasion de traiter ouvertement des individus de « racistes » pour la première fois.

A l’époque, je m’étais accommodé – contre mon gré – de devoir toujours, différemment des autres, justifier de mon statut d’étudiant devant les discothèques. Des fois, ce n’était pas suffisant et il fallait aussi sortir mes papiers d’identité. Mais ce soir-là, l’entrée me fut refusée pour une toute autre raison : j’avais été aperçu quelques pas plus loin en train de vider une bouteille de rosé. Et c’était vrai, mais inattendu comme motif. Je suis toujours partant pour les beuveries étudiantes, mais je n’en suis pas encore à boire tout seul dans la rue comme un clochard. En l’occurrence, mes collègues qui n’avaient alors – eux – eu aucun mal à entrer, s’étaient pourtant livrés au même exercice que moi puisque nous étions tous ensemble. Mais rien n’y faisait, d’après les gorilles, je devais disposer. Souvent, dans ce genre de situations, tout le monde est plus ou moins conscient de ce qui est en train de se produire mais, l’état d’esprit gai dans lequel on est nous amène à privilégier notre soirée et à ne pas la gâcher. Je sus donc que malgré la longue file d’attente, mes camarades étant déjà à l’intérieur, j’étais seul au monde et que ma soirée allait vraisemblablement prendre fin à ce moment. Mais, il n’y a rien de plus dangereux qu’un homme qui n’a plus rien à perdre. Je me rendis soudain compte que le bar se situait au rez-de-chaussée d’un immeuble habité, lui-même entouré d’autres immeubles. Nous étions peut-être en début de soirée mais, c’était la fin de la journée pour les riverains qui avaient commencé à dormir.

Je savais que dès la moindre tentative de résistance, je me ferais charger comme un torero par ces taureaux. Ils étaient tous les trois très musclés et tellement carrés qu’on aurait dit des congélateurs sur pattes. L’un d’entre eux avait l’air d’être maghrébin. En tout cas, il était suffisamment typé pour que je me dise d’emblée qu’il ne pouvait s’agir de racisme de sa part. Mais la tradition veut que la République emploie souvent les immigrés pour faire le sale boulot.
Je reculais lentement en arrière et en l’instant de quelques secondes, je me retrouvai en train de hurler de toutes mes forces « vous n’êtes que des sales racistes ! », sous toutes ses formes et coutures. Les gorilles qui pensaient en avoir fini avec moi sursautèrent. « Tu vas la fermer et dégager sinon je vais te faire très mal », s’exclama l’un d’entre eux. « C’est toi qui va la fermer ta gueule, merdeux ! », rétorquai-je ! Je m’étais préparé à la suite des événements. A peine avais-je fini cette invective que la bête s’élança dans ma direction avec un démarrage catastrophique. Je mis quant à moi mes deux années d’athlétisme à contribution. Après un départ des plus réussis, je lui mis immédiatement quelques mètres d’avance ; à bonne dose, le rosé donne des ailes hein. Comprenant que c’était peine perdue, l’ignare s’arrêta et rebroussa chemin… Et je l’imitai. Je revins sur mes pas en me lançant de nouveau dans des joutes verbales des plus virulentes « Bouffon va, t’es payé comme une merde pour faire le sale boulot ! » (…) « Même pas fichu de trouver une excuse plausible, imbécile ! ». L’énervement atteignait son comble chez les vigiles. Quelques fenêtres commencèrent à s’illuminer et des ombres apparaissaient timidement. La file d’attente s’impatientait mais le malaise que j’instaurais faisait la loi. L’énergumène s’élança une nouvelle fois dans ma direction, cette fois-ci avec la ferme intention de me régler mon compte. Le cancre ! Il n’avait toujours rien compris. Dans une course de vitesse, tout se joue dans les premiers mètres ! Il faut soigner ses appuis, puis allonger progressivement ses foulées et maintenir son allure. Boosté par les fenêtres qui continuaient de s’illuminer en chaîne, la distance que je lui infligeai fut légendaire. Lorsque je me retournai, la majorité des fenêtres était illuminée. Les ombres s’étaient affirmées et étaient devenues de vraies têtes mécontentes qui avaient suivi la dernière partie. Je crus même entendre des pleurs d’enfants.

Bien sûr, c’était le fait qu’on ait interrompu leur sommeil qui les mettait hors d’eux. Mais c’était suffisant pour moi. L’enfant de sa mère que je suis prit ses jambes et rentra chez lui tranquillement. Je savais qu’au moins l’un des riverains se plaindrait du vacarme que causait le bar dans le quartier plus tard. Ça ne servirait peut-être pas ma cause mais, le fait de contribuer à porter préjudice au bar constituait une victoire pour moi.

Wilfried E.K
Wilfried E.K
Fondateur de WYAT Magazine et rédac' chef improvisé! Et sinon, je suis consultant en Marketing affinitaire et en communication digitale. Je suis spécialisé dans les cultures afros.

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