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Ce que le bashing d’Aya Nakamura dit de notre génération ou les dégâts de la misogynoir

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Depuis quelques jours, la chanteuse Aya Nakamura (mais si, « Oh Djadja, y’a pas moyen Djadja ») est la cible d’attaques de toutes parts sur les réseaux sociaux. La raison : une photo d’elle sans maquillage. Oui, une photo. D’elle. Sans maquillage.

Rire d’une personnalité n’a rien de surprenant en soi : quoiqu’on en pense, c’est la rançon du succès et le change de la surexposition. Ne dit-on pas qu’il n’y a point d’éloge flatteur sans la liberté de blâmer ? C’est aussi un rite d’expiation qui nous permet à nous – commun des mortels – de descendre les célébrités de leur piédestal pour un temps.

Mais la particularité dans le « cas Aya Nakamura » réside dans les formes que prennent les railleries à son égard : « mec », « mec de cité », « Sidiki diabaté », « Rafiki le singe », « garçon congolais », « Aya Grosnezkamura », le plus déconcertant étant quand ces comparaisons proviennent essentiellement de personnes aussi noires que l’accablée, mecs comme filles.

A vrai dire, la rhétorique est connue, sauf qu’elle a changé de camps. Il y a belle lurette, la médecine coloniale mettait un point d’honneur à prouver que les femmes noires étaient viriles à cause de leurs corps musclés, de leur chevelure (soi-disant plus) courte et de l’endurance dont elles font preuve. D’ailleurs, en Afrique comme partout ailleurs, la plupart des petites filles noires s’identifient encore majoritairement à des poupées blondes aux yeux bleus et, les adolescents noirs découvrent le sexe à travers des revues pornographiques majoritairement « blanches » (C’est trop nous demander de se rendre dans la catégorie « Ebony » sur Youporn lorsqu’on n’a que quinze ans). Eh oui, en Afrique, la culture est certes africaine, l’imaginaire lui, n’en demeure pas moins conditionné par la pensée coloniale. La réalité est peut-être Africaine, mais le fantasme et le désir restent Occidentaux. Raison pour laquelle ces femmes qui sont pourtant nos mères, nos sœurs, nos cousines ou nos tantes deviennent souvent des femmes de second choix lorsqu’on se retrouve dans des espaces « blancs ».

Aujourd’hui, la féminité des femmes noires est encore constamment contestée. Hypersexualisées en dehors de leur groupe ethnique et dénigrées et/ou masculinisées au sein de celui-ci, elles doivent vivre sous l’injonction d’être parfaites dans les espaces « blancs » : pas trop noires, pas trop musclées, cheveux lisses… Cette spécificité des oppressions sexistes-racistes-coloristes que vivent les femmes noires a un nom : la misogynoir théorisée par Moya Bailey, universitaire queer noire américaine.

Lorsqu’on nous présente une idée qui se répète sur une longue période à travers la culture, c’est-à-dire l’art, la musique, la religion, les médias et la littérature, cela importe peu si ce qui est communiqué est factuel ou si c’est de la propagande. Les messages culturels qui d’une part présentent les hommes comme des êtres humains tout en considérant les femmes comme des objets sexuels et des « animaux » (êtres inférieurs) à soumettre, et qui d’autre part sapent la valeur du « Noir » en plaçant le « Blanc » comme l’idéal sont intégrés à notre subconscient et infiltrent le développement de nos attitudes sociales. Les femmes noires sont donc à la fois sujettes au racisme (anti-noir) et à la misogynie. Elles subissent le sexisme racialisé et le racisme sexiste. Ces deux aspects d’oppression créent une misogynie anti-noire ou « misogynoir ». Et nous les hommes noirs, contribuons à la misogynoir à travers notre misogynie et le racisme intériorisé qui associe le fait d’être noir à l’infériorité.

Il est de notre ressort, à nous, hommes noirs, de débarrasser nos actions et notre conscience de la misogynoir avant de nuire à d’autres femmes noires. Cela passe notamment par un effort actif pour se rééduquer en consacrant du temps à écouter les femmes noires et en partageant leurs expériences. Cela suppose une volonté de plonger plus profondément et de remettre en question les idées que nous tenons depuis longtemps pour acquises. Pour nous, hommes noirs, ça signifie examiner nos suppositions internes racistes et misogynes sur les femmes noires. En tant qu’hommes noirs, évoluant dans des sociétés à majorité blanches, centrées sur les hommes, il est impératif que nous nous regardions dans la glace et que nous fassions un véritable travail d’introspection. Nous entretenons, encourageons et participons à une idéologie misogyne non pas forcément parce que nous le voulons mais parce que nous avons été conditionnés par des pensées méprisantes à l’égard du Noir et de la féminité.

La haine de soi est réelle. Ne laissez pas cette option devenir incontrôlable car elle pourrait être transmise dans vos interactions avec les femmes noires. Mais là où nos voix et notre présence peuvent être les plus bénéfiques,  c’est lorsqu’il s’agit de défier d’autres hommes noirs sur la misogynoir. Notre introspection devrait mener à l’inspection de la misogynoir affichée par d’autres hommes noirs. Bien que cela puisse être intimidant, il est crucial de lutter contre la façon dont nous normalisons le dénigrement des femmes noires – et cela inclut notre silence, ce qui équivaut à une complicité. Soyez la motivation pour les autres hommes noirs en utilisant la prévoyance et en faisant preuve de courage pour « aller à contre-courant ».

Wilfried E.K
Wilfried E.K
Fondateur de WYAT Magazine et rédac' chef improvisé! Et sinon, je suis consultant en Marketing affinitaire et en communication digitale. Je suis spécialisé dans les cultures afros.

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