Initié dans les années 60, le mouvement « nappy » qui promeut les cheveux naturels a provoqué une véritable vague d’acceptation des cheveux afros naturels jusque là décriés et dénigrés. De plus en plus de femmes noires ont progressivement délaissé les produits chimiques et ont commencé à embrasser et célébrer leurs cheveux naturels. Bien que le recours aux défrisants ait légèrement repris aux Etats-Unis après le mouvement afro-américain des droits civiques (1954-1968), le mouvement nappy a connu un fort engouement dans les années 2000. Pourtant, nombreuses sont celles qui ignoraient ce à quoi leur vie ressemblerait vraiment en « devenant naturelle ». Le mot « nappy » est venu incarner l’acceptation de nos cheveux naturels et de la culture qui les entoure. C’est une quête d’un héritage capillaire souvent nié au profit du lissage compte tenu des contextes spatio-temporels des époques où cheveux crépus rimaient avec saleté et cheveux défrisés permettaient d’espérer une meilleure acceptation sociale.

Andre Walker, entre autres coiffeur de l’afro-américaine Oprah Winfrey, a créé un tableau résumant les différentes textures du cheveu crépu et bouclé dans le but d’aider les femmes noires à déterminer leur type de cheveux et trouver le meilleur moyen d’en prendre soin. Mais cet outil, qui a déjà fait ses preuves, est devenu une autre façon de diviser et de comparer les femmes. C’est ce qu’on appelle le texturisme.

Qu’est-ce que le texturisme?

Le texturisme fonctionne à peu près de la même manière que le colorisme: il faut avoir la « bonne » texture de cheveux, plus proche des normes de beauté eurocentriques, pour être acceptée. Ainsi, plus les cheveux sont longs, plus ils sont ondulés ou bouclés, plus ils sont considérés comme beaux. Tout cheveu qui ne peut être décrit de cette façon est souvent considéré comme mal entretenue et inacceptable. Que vous soyez une femme ou un homme, vous avez, d’une manière ou d’une autre déjà été victime de texturisme. Que ce soit votre mère, votre tante ou un parent proche qui vous expliquait sans cesse combien vous aviez besoin d’un défrisage/lissage ou de tout couper. Ou encore le fait de ne voir dans les médias que des personnes noires avec des boucles parfaitement ondulées et des cheveux qui tombent jusque dans le dos.

Selon la classification de Walker, les types de cheveux sont classés de la catégorie 1 à 4, de lisses à crépus, puis en sous-catégories A à C, de fin à très épais. Ainsi, les cheveux 1A correspondent aux cheveux les plus lisses tandis que les cheveux de type 4B et 4C correspondent aux cheveux très crépus, avec des boucles bien serrées. Comme le colorisme qui discrimine les peaux les plus foncées, le texturisme place les personnes aux cheveux de type 4B et C tout en bas de l’échelle. Parce que les cheveux de type 4B nécessitent en permanence d’être hydratés, ils ont tendance à rétrécir et paraître plus courts. Certaines femmes noires voient ce rétrécissement comme peu attrayant, ce qui les amène à étirer leurs cheveux pour montrer toute la longueur et la croissance.

Au sein des communautés afro-descendantes, le texturisme engendre en quelque sorte un système de « castes » et a donné naissance aux concepts de « bons cheveux » et de « mauvais cheveux », qui conditionnent le traitement et les opportunités que la société nous réserve.

La course pour la longueur

Bien que les cheveux longs ne soient pas l’apanage de personnes à la peau claires/non-noires, persiste ce stéréotype qui veut que ce soit un de leurs attributs qui plairaient le plus. Et de fait, les personnes noires à la peau foncée avec leurs cheveux naturels ne plairaient que si ceux-ci sont (super) longs. Toute la panoplie de hashtags qui pullulent sur la toile en faisant la promotion des cheveux crépus et des femmes noires, met surtout en avant les femmes avec un afro si gigantesque qu’il occupe tout l’espace. Ou alors, des femmes qui au bout de quatre ans, présentent désormais des boucles parfaites.

Aujourd’hui, beaucoup de femmes utilisent encore différents produits et méthodes qui dénaturent leurs cheveux et qu’elles décrivent comment une façon de rendre leurs cheveux plus faciles à coiffer. En réalité, elles essayent encore de changer la texture originale de leurs cheveux dans un souci de se conformer à des normes superficielles. Les femmes noires devraient pouvoir être fières de leurs cheveux quelle que soit leur nature. Nos cheveux sont beaux sans que vous n’ayez besoin de les couper, les lisser pendant des heures pour qu’ils vous tombent jusqu’au dos... Bien entendu, ça reste aussi un choix sans jugement de valeur. Nous essayons sans cesse de faire en sorte que Noirs comme Blancs nous considèrent comme « acceptables ». La communauté nappy se doit d’être un espace « safe » où nous nous acceptons et nous nous célébrons. Pourtant nous nous efforçons toujours de respecter des normes spécifiques pour que nos propres sœurs puissent apprécier leurs cheveux. Il faut que cela change car cela a un impact sur notre santé mentale et notre propre estime.

Certes, il est courant d’entendre beaucoup de femmes dire que le fait de porter des tissages/perruques ou les cheveux défrisés ne définit absolument pas leur identité. Mais lorsqu’on y réfléchit: outre le fait de changer de style, n’y a-t-il pas aussi cette idée selon laquelle des cheveux plus longs, plus lisses et avec des boucles parfaites sont beaucoup plus sexy? Du moins, pour beaucoup. Nous avons tendance à faire passer pour une « préférence » quelque chose de plus insidieux qui ne dit pas son nom mais qui cause beaucoup plus de préjudices qu’on ne l’imagine.

Comment l’industrie de la beauté affecte le mouvement Nappy

L’industrie de la beauté affecte la façon dont nous, les femmes noires, voyons nos cheveux naturels; elle nous conditionne souvent à mettre davantage l’accent sur la longueur que sur la santé globale tout en promouvant des images irréalistes et inaccessibles des cheveux, ce qui conduit les femmes à dénaturer leurs cheveux pour « s’intégrer » au lieu d’adopter le modèle de boucles unique de leurs cheveux. Mais, autant l’industrie de la beauté profite de nos aspirations en matière de cheveux et détermine les personnes que nous devons voir dans les médias, autant nous lui donnons les munitions pour le faire.

C’est une industrie qui s’inspire essentiellement de modèles et influenceuses que nous plébiscitons sur les réseaux sociaux, blogs et vidéos Youtube. De nombreuses femmes adhèrent à l’idée « standard » de la beauté et recherchent des produits commercialisés en fonction de cette norme, même si ces produits ne leur sont pas destinés de manière réaliste.

L’industrie de la beauté profite littéralement de cette idée qui veut que les femmes noires soient convaincues que quelque chose ne va pas dans la façon dont leurs cheveux sont naturellement, ou que leurs cheveux ont l’air mal entretenus/nourris. C’est pourquoi il est primordiale de changer notre langage en ce qui concerne nos cheveux, tout en comprenant leurs besoins.

Il est important de garder à l’esprit le spectre complet des cheveux naturels lorsqu’il s’agit de représentation et les nombreux types de cheveux naturels qui existent. Ce serait bien si plus d’influenceuses au cheveux de type 4, ou plus courts/ plus épais avaient plus de visibilité.

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