Dimanche 16 février, Moussa Marega, l’attaquant malien du FC porto, a posé un acte fort en quittant la pelouse après des insultes racistes qu’il a reçues depuis les tribunes. Depuis, le monde du foot se fond en soutien. Pourtant, bien plus que les cris de singes de supporters à son égard, c’est bien la réaction de ses coéquipiers – qui ont tenté de le retenir et de l’empêcher de quitter la pelouse – qui indigne. Ce soir là, Moussa était seul envers et contre tous.

C’est vrai, après tout, c’est toujours aux noir-e-s de ne pas accorder de l’importance aux « cons » et de « passer » au dessus de « tout ça ». Un peu comme lorsque Branch Rickey, membre de la direction de l’équipe des Brooklyn Dodgers demanda à Jackie Robinson, premier joueur noir en Ligue Majeure de Baseball, de rester stoïque pendant que les mots « négros » fusaient des bancs de touche et d’avoir «assez de tripes pour ne pas riposter». Les coéquipiers (et entraîneurs) de Moussa Marega, en préférant le retenir plutôt que de se joindre à lui face à des tribunes négrophobes, ont manqué une occasion de devenir de véritables alliés. Eh Oui! On s’attend toujours à ce que les Noirs ignorent leur douleur et leurs émotions pour le confort des Blancs.

En 2020, dans un monde où les Noirs se font encore huer avec des cris de singes dans le stades; où ils sont encore confrontés à de nombreuses discriminations ou se font abattre sur des “malentendus”, nous n’avons tout simplement plus le temps ni la place pour les gens qui se contentent d’exprimer un intérêt de pure forme pour une cause sans s’investir pleinement dans celle-ci. Nous n’avons plus le temps pour les platitudes avec des personnes qui disent croire en l’égalité des droits et qui ne sont pas racistes mais qui ne relèveraient même pas une blague raciste et se dresseraient encore moins face à des cris racistes. Si vos prises de position contre le racisme ne s’étendent que jusqu’à votre confort, vous n’êtes pas un allié. Et si c’est le cas, allez vous faire voir.

Si vous voulez être de véritables alliés, vous allez devoir faire beaucoup plus, vous engager et sortir de votre zone de confort. Ce n’est pas facile de se confronter à des inconnus, ni même à des personnes que l’on aime. Mais tant que vous ne le faites pas, vous faites partie du problème. Ignorer n’est pas une option. Personne n’a dit que c’était facile d’être un allié. Mais votre malaise sera toujours moindre en comparaison à la douleur et au traumatisme enduré par les personnes qui subissent le racisme.

Être noir, dans une société qui a inventé la race dans le but précis de déshumaniser les personnes qui sont noires, puis a inventé un système de déni tout aussi formidable, c’est porter le fardeau de l’histoire que d’autres préféreraient oublier. Alors, si vous n’êtes pas prêts à pleinement combattre l’oppression et à apporter un réel changement dans le monde, allez vous faire voir.

« L’oppression raciale devrait toujours être un sujet de discussion émotionnel. Elle devrait toujours être source de colère. Tant que le racisme existe pour ruiner la vie d’innombrables personnes de couleur, il devrait être quelque chose qui nous bouleverse. Mais il nous dérange parce qu’il existe, et non parce que nous en parlons. Et si vous êtes blanc, et que vous ne voulez pas ressentir cette douleur en ayant ces conversations, alors vous demandez aux personnes de couleur de continuer à porter tout le fardeau du racisme seul ».

– Ijeoma Oluo

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