L’année 2020 débute à peine qu’elle s’annonce déjà très mouvementée. Et c’est sur Twitter que tout se passe, et en particulier sur le «Black Twitter» français. Déjà hyper présent et influent aux Etats-Unis, le «Black Twitter» renvoie à la communauté noire sur le réseau social Twitter. “Black” pour la couleur de peau, mais aussi parce qu’il fédère des utilisateurs qui partagent les mêmes origines, plusieurs traits de culture en commun mais comme vous le découvrirez, pas toujours les mêmes combats et revendications.

Alors que se passe-t-il exactement sur le Black Twitter Frenchy? Eh bien, depuis quelques jours, sur fond de guerre des sexes, certains twittos ont vu leurs tweets problématiques déterrés et exposés dans le but de les «percer à jour». Dans le jargon 2.0, c’est ce qu’on appelle la «Cancel culture»

Qu’est-ce que la «Cancel culture»?

La «Cancel culture», également connue sous le nom de culture du « call-out », consiste essentiellement à boycotter une personne en raison de ses actions ou de ses propos problématiques. Lorsque l’opinion publique ou un groupe de personnes décide qu’une personne est « canceled », la sanction consiste à prendre ses distances vis-à-vis d’elle, à éviter de la soutenir et plus généralement à éviter de lui prêter de l’attention. Le but étant de faire chuter son éventuelle côte de popularité.

L’origine exacte de la «Cancel culture» est un peu floue mais, c’est vers 2015 que le hashtag #cancelled est apparu sur le Black Twitter américain pour exposer les personnes jugées problématiques notamment sur les questions de justice sociale comme le racisme, le sexisme ou encore l’homophobie

Dans un article du New York Times de juin 2018 intitulé “Everyone Is Canceled” (“Tout le monde est canceled”), Lisa Nakamura, professeur à l’université du Michigan, a estimé que la «Cancel culture» était née d’un besoin de contrôle. Pour elle, “des propos socialement irrémédiables sont tenus tout le temps sur les plateformes” et la «Cancel culture»  établit “une culture de la responsabilité qui n’est pas centralisée et qui est aléatoire, mais qui doit se mettre en place”.

Concrètement, lorsqu’une personne est “canceled”, les autres cessent d’interagir avec elle, d’apprécier et d’encourager son travail, allant même jusqu’à la “muter” afin de la faire disparaître et de l’envoyer dans les tréfonds de l’enfer. Il s’agit d’un mouvement de pouvoir, qui consiste à dire à quelqu’un qu’il n’est plus accepté par la société.

Ainsi, l’internaute à l’origine du hashtag #toutestnoirsaufnosmeufs (Tout est noir sauf nos meufs) – qui a permis à des internautes (hommes noirs) de cracher leur bile sur les femmes noires en 2016 – a vu ses tweets refaire surface. Des propos particulièrement offensants, gravissimes et qui questionnent sur sa propre estime à cette époque. On pouvait par exemple lire “Une noire touche un seul cheveux de ma femme blanche (qui sont vrais EUX au moins soit dit en passant) jla balaye et jla fou en esclavage”. Ou encore voire la comparaison entre une jeune femme noire et un singe – comme le ferait n’importe qu’elle membre de la fachosphère. Face au retour du bâton des twittos, dont beaucoup de la gente féminine, le compte de l’utilisateur a depuis été suspendu. 

Mais cela n’a fait qu’engendrer un effet boule de neige, mettant à nu d’autres tweets tout aussi problématiques d’autres internautes, principalement misogynoiristes…Mais pas seulement. Ironie du sort: de fil en aiguille, une internaute qui participait elle-même à la justice populaire de ces twittos a vu resurgir ses propres tweets à l’égard d’autres femmes noires, mais aussi des personnes maghrébines… et LGBTQI. L’arroseur arrosé.

Un terrain préparé par les afro-féministes

Comme l’ont souligné plusieurs tweets pertinents, le « call-out » des twittos misogynoiristes ne date pas d’aujourd’hui. En effet, les afro-féministes ont été les premières à dénoncer les propos insultants à l’égard des femmes noires – qui émanaient d’hommes noirs – et à confronter ces derniers sur le réseau social.

Y a-t-il des limites à la « Cancel Culture »?

Le principal argument contre la “Cancel Culture” est que cela ne permet pas aux personnes qui ont causé du tort de s’excuser et d’apprendre de leurs erreurs. Les conséquences sont généralement rapides et sans appel: ces personnes se voient sanctionnées et “blacklistées”. Leurs excuses tombent bien souvent dans l’oreille de sourds ou ne sont tout bonnement pas acceptées au vu du préjudice causé par les propos ou actes. Mais, si l’ignorance – ou la jeunesse – ne peut pas toujours être une raison suffisante pour certains anciens tweets et surtout, une excuse, doit-on pour autant accorder une seconde chance aux gens parce qu’ils ont la capacité de changer? Si les individus montrent qu’ils ont effectivement compris en quoi leurs comportements ont été problématiques, faut-il tout de même les « Cancel »?

Il n’y a aucune excuse pour les tweets/propos racistes, sexistes, misogynoiristes ou homophobes. Et voir les auteurs se faire recadrer et remettre à leur place peut avoir quelque chose de jouissif – et de divertissant, avouons-le – mais pour autant, cela permet-il vraiment à quelqu’un de grandir et de se racheter? Nous sommes tous susceptibles de dire des choses offensantes et problématiques à un moment de notre vie. Le véritable problème reste lorsque les gens sont intentionnellement problématiques. 

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