Commençons par les prémisses : vous voulez que le monde soit sûr et juste pour tous. Vous estimez que la différence doit être célébrée, et non pas crainte. Vous pensez que les humains se doivent le respect, une chance. Si cela vous ressemble, bonne nouvelle : vous êtes une bonne personne.

Mais pour que vos convictions comptent, vous devez savoir ce qui se passe au-delà de votre coin du monde. Comment vivent les autres ? Qu’est-ce qui les empêche de vivre mieux ? Si vous êtes blanc-he, êtes-vous, en vertu du privilège inhérent à votre peau, l’un des éléments qui les empêchent de vivre mieux ? Si vous êtes une personne noire (ou racisée), êtes-vous consciente des mécanismes qui vous privent d’un privilège similaire ? S’engager dans de telles cause – régulièrement, avec vigilance – c’est, en un mot, être “woke”.

À moins que vous n’ayez vécu sous un rocher (ou que vous soyez resté très loin des réseaux sociaux), le mot « woke » n’a pas pu vous échapper. A la base, “Woke” n’est que le prétérit du verbe “Wake” et signifie “réveillé” (oui, sorti de son sommeil).

Le terme “woke” trouve son origine dans la lutte des Noirs américains et a véritablement pris de l’importance avec le mouvement Black Lives Matter, en particulier parmi les utilisateurs noirs de Twitter (ndlr. Le Black Twitter). Dans le cadre d’une réponse urgente à la brutalité policière et à l’incarcération massive, la maxime « stay woke » signifiait une prise de conscience du racisme et de la violence systémiques, et un engagement à s’organiser contre ceux-ci. À l’origine, le mot « woke » était davantage un appel à une action radicale pour la survie qu’un terme de débat politique.

Puis, sont entrés en jeu les réseaux sociaux et les médias mainstream. Comme l’écrit l’écrivain et journaliste Charles Pulliam-Moore, « ce n’était qu’une question de temps avant que « Woke » ne soit coopté par l’Internet grand public (comprenez “blanc”) ». Depuis 2013, le terme « woke » a été transformé au fur et à mesure de son utilisation abusive et de son détournement en “mémé”, ou moquerie. À ce jour, le sens original a été pratiquement perdu et le terme est rarement utilisé sérieusement.

La relation entre l’activisme et la manipulation du langage ou vocabulaire militant par la majorité blanche a toujours été extrêmement ambivalente, car elle rend simultanément cet activisme plus visible tout en limitant son impact possible. Buzzfeed, Marie Claire, Konbini, Teen Vogue et d’autres ne parlent pas d’appropriation culturelle parce qu’ils sont à l’avant-garde de la gauche politique. Ils le font parce que c’est facile, que cela génère de l’audience, et que cela génère également une forme de capital social (blanc) – et, au final, c’est rentable.

Aujourd’hui, le terme “woke” ne concerne plus seulement les questions raciales. Il s’applique également pour les personnes conscientes et concernées par le sexisme, le classisme, le validisme et toutes les formes d’oppression.

Alors, que vous l’utilisez ou non, il important de ne jamais oublier les véritables origines du mot “woke” pour ne pas contribuer en faire un sujet à plaisanterie. Si vous ne le faites pas pour vous, faites-le au moins en hommage à tous les victimes d’oppression.

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