Nous n’abordons pas assez souvent la situation des afro-descendant-e-s au Brésil ici. Pourtant, il y aurait tellement matière à dire. Cela fait partie de nos ambitions pour les mois à venir. En effet, en dehors du Nigeria, c’est au Brésil que l’on retrouve la plus forte population d’origine africaine au monde. Récemment, c’est la nouvelle de la nomination – ou plutôt l’annulation de la suspension – de Sérgio Camargo à la tête de la fondation Palmares (organe public de défense de la culture afro-brésilienne) qui mis le feu au poudre. Il faut dire que c’est un sacré personnage, se décrivant comme «noir de droite, anti-victimisation». Difficile, même lorsqu’on est pour la liberté d’expression – y compris pour les afro-descendant-e-s woke ou non – d’éprouver la moindre sympathie envers le gus.

Journaliste de formation, Sérgio Camargo est surtout connu pour ses sorties polémiques et controversées – et ici on pèse nos mots. Il a notamment pris parti pour que l’on cesse de célébrer le Jour de la conscience noire, en mémoire de « Zumbi dos Palmares », le dernier chef d’une république d’esclaves fugitifs – que Camargo considère comme un « un faux héros des Noirs ». Tué le 20 novembre 1695 par les grands propriétaires terriens d’Alagoas (nord-est), il est devenu le symbole de la résistance contre l’esclavage. 

Mais ce n’est pas tout, Sergio Camargo a défrayé la chronique à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux, affirmant entre autres que l’esclavage a été «bénéfique pour les afro-descendants» car ces derniers jouissaient de meilleures conditions de vie que sur le sol africain. Parmi les autres déclarations exécrables de l’individu, il y a le fait de qualifier la militante afro-américaine pour les droits civils Angelas Davis de «communiste et horrible vieille» ou de juger que Marielle Franco, conseillère municipale noire de Rio de Janeiro, assassinée en 2018, devait «mourir parce que c’est seulement comme ça qu’elle cessera de nous casser les pieds».

Sur son profil Facebook, le personnage a également utilisé le terme  «racisme nutella» pour relativiser le phénomène au Brésil, en l’opposant au «racisme réel» présent, selon lui, aux Etats-Unis: «Le vrai racisme existe aux Etats-Unis. Le Noir ici se plaint parce qu’il est stupide et mal informé par la gauche, écrit-il.»

Le président Jair Bolsonaro (comme c’est surprenant) a déclaré le 13/02/202 que Sérgio Camargo reprendrait ses fonctions à la Fondation Palmares.La Cour supérieure de justice a estimé que les «excès possibles» de Camargo sur les réseaux sociaux «n’autorisent pas de jugements de valeur sur ses valeurs éthiques et morales ni même sur sa compétence professionnelle». 

Sérgio Camargo au Brésil comme Candance Owens aux Etats-Unis s’inscrivent dans la liste de personnalités qui servent de caution social aux mouvements extrémistes et racistes. En avril 2018, Candance Owens avait ainsi taclé le mouvement anti-raciste Black Lives Matter, qu’elle décrivait comme «une bande de gamins chouineurs qui font semblant d’être opprimés ».

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