Lorsqu’il s’agit de l’Histoire des afro-américains, les noms de qui nous viennent spontanément en tête sont Rosa Parks, Martin Luther King, Muhammad Ali ou encore Maya Angelou – et à juste titre. Et en ce qui concerne l’histoire des Noirs de France, nous connaissons Aimé Césaire, Frantz Fanon, Léopold Sédar Senghor, Surya Bonaly, Marie-José Pérec ou encore Yannick Noah. Mais que savez-vous de Paulette Nardal, Raoul Diagne, Edmond Albius ou Louis Delgrès? Si leurs noms ne vous disent rien, vous n’êtes pas les seuls. Nous avons décidé de braquer les projecteurs sur ces personnalités qui ne sont pas assez connues et qui méritent d’être célébrées pour leur contribution à l’histoire des Noirs de France.

1Severiano de Heredia (1836 – 1901) : le premier et unique maire noir de Paris

Métis né à La Havane et fils d’esclaves affranchis qui se sont installés à Cuba, Severiano de Heredia, a été Président du conseil municipal sous la 3e République, en 1879. Bien qu’il ne reste que quelques mois à ce poste, il reste le premier homme noir élu à un rôle aussi important en France. Par la suite, il occupera également le poste de ministre des Travaux publics en 1887. Mort en 1901, dénigré de son vivant, son nom a injustement été oublié de l’histoire de Paris jusqu’en 2013, date à laquelle une simple rue du 17e arrondissement a été nommée en son honneur. Il n’a même jamais été décoré de la légion d’Honneur bien qu’il soit le créateur des bibliothèques municipales à Paris.

2Véronique de la Cruz: la première Miss France noire de l’histoire

Véronique de la Cruz, élue Miss France 1993 à Paris en décembre 1992, France. (Photo by Patrice PICOT/Gamma-Rapho via Getty Images)

Véronique de la Cruz est celle qui a ouvert le bal des Miss France noires et métisses. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il aura fallu attendre la 63ème élection pour voir une Miss France noire pour la première fois. Elle est la première Miss Guadeloupe élue Miss France, en 1993, à l’âge de 18 ans. Elle terminera également 6ème dauphine de Miss Monde 1993.

3Raoul Georges Nicolo ( 1923 -1993 ), l’ingénieur guadeloupéen aux multiples inventions

Ingénieur d’origine guadeloupéenne, Raoul Georges Nicolo a à son actif plusieurs inventions. Parmi celles-ci: le bloc de communication pour la télévision multi-canale, les dispositifs de contrôle de la réactivité des piles atomiques en régime sous-critique ou encore l’introduction de l’électronique dans les appareils de contrôle nucléaire. En 1962, il obtient son doctorat en Sciences de la Faculté des Sciences de Paris. Ses travaux portent notamment sur l’amélioration de la technologie de l’information télévisuelle ainsi que le contrôle et la réalisation de réacteurs nucléaires. Passionné par son île, il retourne dans sa ville natale où il occupe les fonctions de conseiller municipal de 1983 à 1989.

4Auguste-François Perrinon (1812 – 1861), le premier polytechnicien martiniquais

Né d’une esclave affranchie et d’un commerçant blanc prospère, Auguste-François Perrinon est le premier métis martiniquais à entrer à l’École polytechnique. Militant de la cause abolitionniste, il transforme une propriété de Saint-Martin (Guadeloupe) exploitant des marais-salants en atelier expérimental pour démontrer scientifiquement que l’esclavage n’est plus rentable d’un point de vue économique. Il refuse de prêter serment à Napoléon III (lettre du 18 avril 1853), ce qui lui vaut d’être rayé des cadres de l’armée.

5Blaise Diagne (1872 – 1934), Premier Noir à siéger au palais Bourbon

Né à Gorée au Sénégal, Blaise Diagne – né Gallaye M’Baye Diagne – est le premier député africain – autrement dit non caribéen – à être élu à la Chambre des députés française. C’est également le premier Africain sous-secrétaire d’État aux Colonies. Sa figure sera très discutée au sein de l’élite politique Noire à l’époque en raison de son parti pris pour une politique assimilationniste. Il sera également maire de Dakar. Perçu comme l’image du parfait assimilé, il sera régulièrement pris pour cible par les nationalistes sénégalais. Mais Blaise Diagne doit aussi sa renommée au rôle important qu’il a joué en faveur des droits des Africains engagés dans les troupes coloniales.

6Edmond Albius (1820 – 1880), le maître de la vanille déchu

Edmond Albius, esclave et orphelin d’origine réunionnaise, est connu pour avoir découvert le procédé de la fécondation artificielle de la vanille. Bien qu’il n’en soit pas initialement à l’origine, c’est Edmond Albius qui a douze ans révolutionne la culture de la vanille en découvrant sa pollinisation en 1841. Cela permettra à La Réunion de devenir le premier producteur mondial et le berceau de ce savoir-faire. Pourtant, Edmon Albius ne tirera aucun bénéfice d’une invention qui fit la fortune des planteurs. En effet, la paternité de sa découverte sera contestée parce qu’elle était celle d’un enfant noir et esclave.

7Jane Vialle (1906 -1953), une journaliste devenue espionne puis sénatrice française

Née d’une mère congolaise et d’un père métis, Jane Vialle travaillait comme journaliste lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté. Elle quitte alors Paris et devient une agente clandestine de « Combat », l’un des trois grands mouvements de Résistance du sud de la France. Arrêtée en janvier 1943, elle est accusée de trahison et envoyée dans un camp de concentration puis déplacée dans une prison pour femmes à Marseille. Après sa sortie (par fuite ou par libération) Jane Vialle reçoit la Médaille de la Résistance. Elle est élue au Sénat français en 1947 et est la seule femme sénatrice noire lors de la IVe République.

8Jean-Baptiste Belley (1747 – 1805), premier député noir de l’Histoire de France

Né sur l’île de Gorée Jean-Baptiste Belley fut le premier député français noir, représentant alors le département du Nord de la colonie française de Saint-Domingue – devenue Haïti. Surnommé Timbazé, après avoir durement travaillé et économisé, il rachète sa liberté. En 1779, il embarque avec 800 autres Afro-descendants de Saint-Domingue – tous volontaires pour s’enrôler aux côtés des Américains insurgés – et participe à la bataille de Savannah, en Géorgie. Cela lui vaudra un grade d’officier et le nouveau surnom de Mars (le dieu de la Guerre). On lui prête cette phrase puissante, alors qu’il fit escale à Philadelphie et qu’il fût pris à partie par des esclavagistes: « Quand on sait sauver les Blancs et les défendre, on peut bien les commander !». Le 4 février 1794, rappelant que l’abolition de l’esclavage était déjà entrée en vigueur à Saint-Domingue, il fit voter l’abolition de l’esclavage dans toutes les colonies françaises. Destitué et arrêté en juillet 1802, sur ordre de Napoléon Bonaparte, Jean-Baptiste Belley fut déporté au camp de triage de Brest où il mourut.

9Raoul Diagne (1910 – 2002), le premier noir sélectionné en équipe de France

Fils de Blaise Diagne, premier Africain à siéger au Parlement français, Raoul Diagne deviendra lui-même le premier joueur noir sélectionné en équipe de France et le premier noir sélectionné dans une sélection nationale en Europe. C’est sous les couleurs du Racing Club de Paris qu’il débute à 16 ans, offrant plus tard au club un titre de champion et trois Coupes de France. Très proche de Joséphine Baker, qui le surnommait affectueusement « mon petit frère », il est avec le boxeur Panama Al Brown une figure marquante du « Paris noir » de l’époque.

10Camille Mortenol (1859 – 1930), le génie militaire guadeloupéen

Fils d’esclaves guadeloupéens affranchis, Sosthène Héliodore Camille Mortenol est un polytechnicien, capitaine de vaisseau de la Marine nationale. Il est le premier « nègre » guadeloupéen à intégrer Polytechnique. Sa scolarité est remarquable et à sa sortie en 1882, Camille Mortenol opte pour une carrière d’officier de la marine : il est le premier des 4 polytechniciens choisissant cette arme. Il est admis dans la Royale (Marine Nationale). Il gravit tous les grades, et en 1914, à Brest, devient capitaine de vaisseau, soit le plus haut grade de la marine avant celui d’amiral. En 1915, le général Gallieni qui a en charge la défense de Paris lui confit la défense antiaérienne de la capitale. Camille Mortenol va mettre toutes ses connaissances et toute son énergie pour inventer un dispositif assurant la défense de Paris et la sécurité des Parisiens contre les attaques aériennes – avions et zeppelins – allemandes. En 1919, Camille Mortenol est démobilisé et promu au grade de commandeur de la Légion d’honneur en 1920. Il meurt à Paris le 22 décembre 1930.

11Eugénie Éboué-Tell (1891 – 1972), première femme députée de l’Outre-mer

Née en Guyane, Eugénie Eboué-Tell n’a pas été que l’épouse de Félix Eboué, gouverneur général noir – plus connu – qui rallia l’Afrique équatoriale française à la France libre du général de Gaulle. Femme politique française, Eugénie Tell a été la première femme députée de l’Outre-mer. Héros de la France libre, belle-mère et mère de quatre enfants engagés dans la lutte contre l’occupant et la France de Vichy, elle est même engagée volontaire des FFL (Forces françaises libres).

12Charles N’Tchoréré (1896 – 1940), mort digne pour la France

Charles N’Tchoréré est l’un des représentants de ces centaines de combattants africains, malgaches et antillais qui ont été massacrés par les troupes allemandes en mai-juin 1940 sur tous les fronts. Né à Libreville au Gabon, il s’engage dans un régiment de tirailleurs en 1916 et est nommé sergent durant le conflit. En 1939, il demande à combattre contre les nazis, ce qui lui vaut la nationalité française. En 1940, il est en mission pour protéger un petit village proche d’Amiens contre l’invasion allemande. Le capitaine N’Tchoréré se résigne à se rendre pour épargner la vie des 15 hommes valides qui lui restent. Les Allemands découvrent que les défenseurs du village sont pour les deux-tiers des africains, avec à leur tête un officier africain ayant des officiers « blancs » sous ses ordres. Alors qu’il demande aux Allemands à être traité – conformément aux conventions de Genève relatives aux prisonniers de guerre – en officier et non pas comme un homme de troupe, le capitaine Charles N’Tchoréré est abattu lâchement d’un coup de pistolet le 7 juin 1940.

13Louis Delgrès (1766 – 1802), « vivre libre ou mourir »

Le 10 mai 1802, Louis Delgrès (36 ans) adresse «à l’univers entier le dernier cri de l’innocence et du désespoir». Par cette proclamation célèbre, ce brillant officier guadeloupéen de l’armée de la Révolution s’indigne que l’on veuille rétablir l’esclavage sur l’île. Il revendique le droit de résistance à l’oppression et lance un appel à la fraternité. Louis Delgrès est l’un des symboles de la lutte pour la Liberté et contre le rétablissement de l’esclavage dans les îles françaises de la Caraïbe. Il illustre le slogan révolutionnaire « vivre libre ou mourir ». Né libre, il a combattu pour les valeurs de 1789, connu la première abolition de 1794, et a retourné ses armes contre la France napoléonnienne lorsqu’elle voulut rétablir, en 1802, la servitude. Le 28 mai 1802, Louis Delgrès, colonel de l’armée française choisit de se donner la mort plutôt que d’accepter de voir la population gaudeloupéenne réduite à nouveau en esclavage.

14Paulette Nardal (1896 – 1985), la «Marraine de la Négritude»

Trop souvent occultée par l’histoire, elle est pourtant considérée comme la «Marraine de la Négritude». Fille du premier ingénieur noir de Martinique et aînée d’une famille de sept sœurs, Paulette Nardal a avec ses sœurs ouvert la voie à ce courant littéraire et politique qu’est la Négritude. Avec sa sœur Jane, elles sont les premières étudiantes noires inscrites à la Sorbonne et s’éveillent à ce qu’elles appellent la «conscience noire». Pionnière, elle exhorte notamment à l’unité les Noirs africains, afro-américains et antillais. Paulette et Jane vont lancer La Revue du monde noir dont les textes évoquent «la douloureuse prise de conscience de la condition de Noirs en Amérique», ou bien le «réveil des intellectuels». Féministe intersectionnelle, Paulette Nardal écrit également sur les revendications du «féminisme noir». Quant au fait qu’elles sont souvent oubliées dans les récits, Paulette Nardal déclare: «J’ai souvent pensé et dit, à propos des débuts de la négritude, que nous n’étions que de malheureuses femmes, ma sœur et moi, et que c’est pour cela qu’on n’a jamais parlé de nous. C’était minimisé du fait que c’étaient des femmes qui en parlaient.»

15Eugene James Bullard (1895 – 1961), le premier pilote de chasse Noir au monde

Né dans le Sud Est des Etats-Unis, Eugene J. Bullard est le premier pilote de chasse afro-américain. Fils d’esclaves – d’un père martiniquais – il quitte le foyer familial à l’âge de huit ans et entreprend un périple vers la France, pour y trouver un avenir meilleur en tant que noir. Il passe deux années d’errance avec des gens du voyage, ce qui lui vaudra le surnom de ‘Gypsy’ (le Gitan). Après être passé par le Royaume-Uni, il dispute son premier match de boxe à l’Élysée Montmartre en 1913 et décide de s’installer à Paris. L’année suivante, il s’engage dans Légion étrangère française. Il est affecté au troisième régiment de marche et est envoyé en zone de combats. Après avoir été déclaré inapte à l’infanterie suite à une blessure à la cuisse, il est admis le 2 octobre 1916 dans l’aéronautique militaire française. Il effectue une vingtaine de missions aériennes et devient ainsi, avec l’ottoman Ahmet Ali Çelikten, l’un des deux premiers pilotes de chasse noirs de l’Histoire.

16Gaston Monnerville (1897 – 1991), quand la France a failli avoir un président noir

Avocat et homme politique guyanais, Gaston Monnerville a été sénateur puis président du Sénat de 1958 à 1968, et aurait pu être président de la République à trois reprises. En tant que président du Sénat, il est le deuxième personnage de l’Etat et il doit assurer l’intérim de la Présidence de la République en cas de vacance du poste. Il renonce à la présidence de la Haute Assemblée pour mieux défendre sa conception du pouvoir législatif. Le 18 avril 1969, à la télévision, l’orateur hors pair appelle à voter « non » au référendum sur la réforme du Sénat voulue par le général de Gaulle. Six mois plus tard, le « non » l’emporte le 27 avril 1969. À six mois près, Gaston Monnerville aurait pu devenir chef de l’Etat. Sa carrière s’achève au conseil constitutionnel en 1983. L’ancien président guyanais du Sénat est mort à 94 ans le 7 novembre 1991 à Paris.

17René Maran (1887 – 1960), premier Goncourt noir et précurseur de la négritude

Arrivé de Fort-de-France (Martinique) en métropole à l’âge de 17 ans, Réné Maran commence à écrire très tôt, d’abord dans la revue lilloise Le Beffroi. Dès 1910, il quitte l’Hexagone — qu’il retrouvera plus tard — pour rejoindre l’Afrique et plus précisément l’Oubangui-Chari, aujourd’hui Centrafrique, où il devient administrateur d’outre-mer. Il publie alors quelques poèmes sous un recueil La Vie intérieure, poèmes 1909-1912 (éditions du Beffroi). Et puis, son premier roman, Batouala. Le livre est un véritable tournant puisqu’il est récompensé en 1921 par le Goncourt, faisant de René Maran le premier écrivain noir consacré. L’ouvrage qui se montre très critique vis-à-vis de la colonisation française sera interdit de publication en Afrique et René Maran, alors en danger, sera dans l’obligation de démissionner de son poste d’administrateur colonial. A noter que dans les années 1930, René Maran fréquente le salon littéraire de Paulette Nardal où il rencontre Léopold Senghor, Aimé Césaire et Jean Price Mars. Il est considéré comment faisant partie des précurseurs de la Négritude.

18Rafael Padilla (1865/1868 – 1917), premier artiste noir de France

Son histoire a récemment resurgi sur les devants de la scène avec le film “Chocolat” sorti en 2016 dans les salles françaises et dans lequel son rôle est interprété par Omar Sy. Rafael Padilla est un artiste issu d’une famille africaine réduite en esclavage et déportée à Cuba. Sa carrière de clown commence avec Tony Grice appelé le “Clown blanc” qui lui donne le surnom de “Chocolat”. Après avoir collaboré avec les plus grands noms du cirque – dont Gerónimo Medrano – il finit par avoir son propre spectacle intitulé “La Noce de Chocolat” qui lui apporte la célébrité. Il est le premier clown à lancer la thérapie par le rire. Rafael meurt dans la misère et l’alcool, le 4 novembre 1917. Pendant de longues années, celui qui est considéré comme le premier artiste noir célèbre de France a été complètement oublié. 

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