C’est toujours un bon moment pour célébrer les voix noires et la littérature est l’un des meilleurs moyens d’honorer certaines des histoires les plus éclairantes de la communauté. Grâce au travail des auteur.e.s noir.e.s, le monde peut mieux comprendre à la fois les luttes et les triomphes des Noirs. Voici quelques-uns des meilleurs livres d’auteur.e.s noir.e.s à ajouter à votre liste de lecture.

1Le Triangle et l’Hexagone de Maboula SOUMAHORO

À travers une écriture lumineuse, Maboula Soumahoro pose son regard sur sa vie, ses pérégrinations transatlantiques entre la Côte d’Ivoire des origines, la France et les États-Unis, et ses expériences les plus révélatrices afin de réfléchir à son identité de femme noire en ce début de XXIe siècle. Ce parcours, quelque peu atypique, se déploie également dans la narration d’une transfuge de classe, le récit d’une ascension sociale juchée d’embûches et d’obstacles à surmonter au sein de l’université.
Cette expérience individuelle fait écho à l’expérience collective, en mettant en lumière la banalité du racisme aujourd’hui en France, dans les domaines personnel, professionnel, intellectuel et médiatique. La violence surgit à chaque étape. Elle est parfois explicite. D’autres fois, elle se fait plus insidieuse. Alors, comment la dire ? Comment se dire ?

2L’esclavage raconté à ma fille de Christiane Taubira

Traite et exploitation des êtres humains, colonisation, luttes pour la liberté, réflexion sur la notion de crime contre l’humanité, formes contemporaines de l’esclavage : une mère engagée répond aux nombreuses questions de sa fille. De ce dialogue s’est construit, au fil des étonnements, indignations et admirations, un livre aussi passionnant que nécessaire.

3Petit pays de Gaël Faye

En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel  voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

4Ne reste pas à ta place: Comment arriver là où personne ne vous attendait de Rokhaya Diallo

« Je ne suis pas à la place à laquelle ma naissance aurait dû me conduire. Pourtant, je me sens plus que jamais à ma place. Je suis heureuse, moi, la fille du peuple, la fille de colonisés, la femme noire, la femme musulmane, de pouvoir être à un endroit où personne ne m attendait.

Dans ce récit partiellement autobiographique, je reviens sur les outils qui m ont permis d atterrir si loin de mon point de départ, alors que les radars sociologiques n étaient pas tout à fait orientés en ma faveur. »

5Les Veilleurs de Sangomar de Fatou Diome

Nul ne s’aventure sans appréhension à Sangomar, ce bout de terre inhabitée où, dans la tradition animiste sérère, se rassemblent les djinns et les âmes des défunts. Sur l’île voisine, la jeune Coumba entame un long veuvage, recluse chez sa belle-mère. Elle vient de perdre son mari dans le naufrage du Joola, en 2002, au large du Sénégal.
Dès la nuit tombée, après le cortège des prières rituelles et des visites obligées, Coumba peut enfin faire face à son chagrin, consigner les souvenirs heureux, invoquer les morts. Alors, sa chambre s’ouvre grand aux veilleurs de Sangomar, esprits des ancêtres et des naufragés qui lui racontent leur destin et la mèneront à la rencontre de son « immortel aimé ».
Un grand roman de liberté et d’amour fou, porté par le souffle ensorcelant de Fatou Diome

6Le génocide voilé: Enquête historique de Tidiane N’Diaye

Cette étude éclaire un drame passé à peu près inaperçu : la traite des Noirs d’Afrique par le monde arabo-musulman. Cette traite a concerné dix-sept millions de victimes tuées, castrées ou asservies, pendant plus de treize siècles sans interruption. Les razziés étaient contraints de traverser le désert à pied pour rejoindre le Maghreb, l’Égypte ou la péninsule Arabique via Zanzibar, par bateaux… Pourtant, cette traite négrière a été minimisée, contrairement à la traite occidentale vers l’Amérique. Pourquoi ? Parce que seule la conversion à l’islam permettait d’échapper à l’esclavage, mais n’a pas épargné les Noirs. Toutefois, de nos jours la majeure partie de l’Afrique est devenue musulmane, d’où une forme de fraternité religieuse entre le côté «blanc» et le côté «noir» du continent, et une volonté commune de «voiler» ce génocide. Un livre polémique et courageux.

7Lettre à Adama d’Assa Traoré

La vie d’Assa Traoré a basculé le 19 juillet 2016, un soir de canicule où son frère cadet Adama est déclaré mort dans la cour de la gendarmerie de Persan. Mains menottées dans le dos, face contre terre, asphyxié. Ce jour-là, il devait fêter ses 24 ans.

Au-delà de l’infinie peine, la violence d’un tel drame épuise fatalement toute énergie, confisque sourire et force à ceux qui restent. Pour Assa Traoré et sa famille, ce fut l’inverse. L’horreur les a soulevés. Portés par le soutien des habitants de Beaumont-sur-Oise, les Traoré ont transformé la douleur en combat. Avec l’appui du « comité pour Adama », Assa est devenue une guerrière.

8Dictionnaire enjoué des cultures africaines d’Alain Mabanckou

Abécédaire buissonnier, ce livre propose une sorte de portrait ou plus exactement une mythographie qui donne à voir et à sentir le pouls de l’Afrique. Un très grand continent dont la puissance culturelle est en train de se déployer sous nos yeux. Hier minorées, voire moquées, la voix et l’importance du Continent dans les affaires planétaires sont aujourd’hui indéniables. L’Afrique est en passe d’imposer une griffe, un style, une manière d’être au monde et en relation avec le reste du monde.
Dans ce dictionnaire tour à tour informatif, ludique, drôle, sérieux, Alain Mabanckou et Abdourahman Waberi entonnent un chant d’amour à l’Afrique, à ses habitants d’hier et d’aujourd’hui, à ses ressources exceptionnelles et à sa spectaculaire planétarisation.

9Rouge impératrice: roman de Leonora Miano

Le lieu: Katiopa, un continent africain prospère et autarcique, presque entièrement unifié, comme de futurs Etats-Unis d’Afrique, où les Sinistrés de la vieille Europe sont venus trouver refuge. L’époque: un peu plus d’un siècle après le nôtre.
Tout commence par une histoire d’amour entre Boya, qui enseigne à l’université, et Illunga, le chef de l’Etat.
Une histoire interdite, contre-nature, et qui menace de devenir une affaire d’Etat.
Car Boya s’est rapprochée, par ses recherches, des Fulasi, descendants d’immigrés français qui avaient quitté leur pays au cours du XXIème siècle, s’estimant envahis par les migrants. Afin de préserver leur identité européenne, certains s’étaient dirigés vers le pré carré subsaharien où l’on parlait leur langue, où ils étaient encore révérés et où ils pouvaient vivre entre eux. Mais leur descendance ne jouit plus de son pouvoir d’antan: appauvrie et dépassée, elle s’est repliée sur son identité.

10Comment savoir si vous êtes noir ? de Félicité Kindoki

Comment savoir si vous êtes noir ? Avouez-le, vous ne vous êtes jamais posé la question… Heureusement, grâce à ce livre, à travers des observations de la vie quotidienne et de nombreux exemples, vous pourrez enfin combler cette lacune ! Si cette question peut sembler insolite, c’est bien sûr parce que les auteurs ont décidé d’y répondre avec humour et second degré, en s’appuyant sur des faits qu’elles ont vécus, parfois drôles, parfois non, pour parler d’une communauté dite minoritaire et pourtant si visible : les Noirs ! L’objectif de ce livre : décrisper les zygomatiques tout en nous faisant réfléchir. Et si, finalement, nous n’étions pas si différents les uns des autres ?

11Noir: Entre peinture et histoire de Naïl Ver-Ndoye et Grégoire Fauconnier

Cet ouvrage revisite l’histoire de l’art à travers la représentation des Noirs dans la peinture européenne, du XIVe au milieu du XXe s. Il vous raconte les destinées de personnalités noires, réelles ou fantasmées, devenues célèbres ou encore ignorées du grand public. Ces figures souvent en marge de la grande histoire ont pourtant joué un rôle essentiel au fil des siècles. Les 300 oeuvres rassemblées dans cette anthologie en témoignent admirablement. En abordant de la façon la plus rigoureuse et sans détour le thème des Noirs dans l’histoire, elles nous permettent d’envisager les enjeux de la diversité sous un angle nouveau. Ce beau livre d’art et d’histoire s’adresse aux passionnés mais aussi aux profanes, aux curieux, aux rêveurs… À la manière d’un musée imaginaire, plus de 200 artistes s’y croisent à travers le rapprochement de leurs oeuvres respectives. Les styles et les anecdotes se confrontent pour faire sens, toujours à la croisée de l’art et de l’histoire…

12 Yasuké par Serge Bilé

Histoire vrai d’un esclave africain au destin hors du commun qui, a la fin du 16e siecle, se retrouva au Japon, ou il accompagnait son maitre jesuite italien puis fut laisse a la garde de l’un des plus grands seigneurs de guerre du Japon feodal (Oda Nobunaga) qui, impressionne par ses extraordinaires capacites physiques et intellectuelles ainsi que par ses facilites pour les langues, en fit son homme de confiance et le premier samourai etranger du Japon.

13La condition noire: Essai sur une minorité française de Pap Ndiaye

Exploits des sportifs de haut niveau, émeutes en banlieue, lutte contre le racisme et les discriminations, mouvement associatif : depuis une dizaine d’années, les Noirs vivant en France métropolitaine sont apparus si visiblement sur la scène publique nationale qu’on peut parler aujourd’hui d’une  » question noire  » française. Cet essai dense et limpide décrit et analyse, du XVIIIe siècle à nos jours, le passé et le présent d’une minorité française. Car la  » condition noire  » désigne une situation sociale qui n’est pas celle d’une classe, d’une caste ou d’une communauté, mais celle d’une minorité, c’est-à-dire d’un groupe de personnes ayant en partage l’expérience sociale d’être considérées comme noires. L’ouvrage de Pap Ndiaye est d’ores et déjà considéré comme le travail fondateur des black studies à la française.

14Les Noirs dans l’Histoire de Serge Bilé et Mathieu Méranville

L’actualité nous prouve chaque jour que les préjugés concernant les Noirs restent tenaces.C’est bien connu, ils  » sont paresseux « ,  » doués pour le sport « , et ils  » ont un grand sexe « … Ces phrases, souvent prononcées sous le couvert d’un pseudo-humour, révèlent une méconnaissance de l’autre. Et nous rappellent que, malgré l’évolution des mentalités, rien n’est définitivement gagné.En les replaçant précisément dans leur contexte scientifique, historique et sociologique, Serge Bilé et Mathieu Méranville expliquent l’origine de ces préjugés, pour mieux en démontrer l’absurdité.Et redonner à l’homme noir la place qui lui revient dans l’histoire universelle.

15Mes étoiles noires. De Lucy à Barack Obama de Lilian Thuram 

« Dans mon enfance, on m’a montré beaucoup d’étoiles, je les ai admirées, j’en ai rêvé, mais des étoiles noires personne ne m’en a jamais parlé. Seul l’esclavage était mentionné.

Pouvez-vous me citer un scientifique noir ? Un explorateur noir ? Un philosophe noir ? Un pharaon noir ?

Ces étoiles m’ont permis d’éviter la victimisation, d’être capable de croire en l’Homme, et surtout d’avoir confiance en moi. »

16Une vie de boy de Ferdinand Oyono

Un jeune Noir élevé par un Père Blanc a pris, à l’instar de son maître, l’habitude de tenir un journal. Dès lors, il enregistre tout ce qui se passe dans le milieu des colons où, à la mort du Père Blanc, il est devenu le  » boy  » de l’administrateur des colonies, le  » commandant  » de l’endroit. Rien ne lui échappe. Il découvre deux mondes nouveaux, foncièrement différents, aveuglés par leurs préjugés, et amenés à coexister : le Quartier Noir, un village pauvre dans la ville, la Résidence, une ville opulente où vivent les Blancs

17Rêves amers de Maryse Condé

Rose-Aimée a 13 ans. Elle vit heureuse dans son petit village à Haïti, jusqu’au jour où la misère l’oblige à quitter les siens. Mais à Port-au-Prince, chez l’odieuse Madame Zéphyr, il n’est plus question d’étudier ni même de découvrir les joies de la ville. Petit à petit, Rose-Aimée devient son esclave. Avec l’aide de Lisa, elle parviendra à s’enfuir, sans espoir cependant d’atteindre la liberté.

18 Qu’Allah bénisse la France ! d’Abd Al Malik

Il a connu tout ce qu’un fils d’immigrés, noir, pauvre, élevé par une mère seule avec six frères et soeurs, peut vivre dans les cités : vols et trafics en tous genres, amis tués par balles, morts d’overdose, ou qui ont sombré dans le fanatisme. Converti lui-même à cet islam obscurantiste qui sévit dans certaines banlieues, il a parcouru les routes de France pour prêcher dans des mosquées de fortune.

Abd al Malik le rappeur avait donc tout pour entrer dans l’univers de « la haine ». Pourtant, en rencontrant le soufisme, il s’est réconcilié avec l’esprit de citoyenneté. La suite, on la connaît : couronné par plusieurs Victoires de la musique, il compte parmi les plus talentueux auteurs et interprètes d’aujourd’hui

19Trop noire pour être française d’Isabelle Boni Claverie

« D’où tu viens ? » est sans doute la question que l’on pose le plus aux Noirs de France, celle qui arrive le plus spontanément dans la conversation. « D’où tu viens ? » demande l’ami d’ami à une soirée, la voisine de table à un repas, le collègue qui prétend faire connaissance, le parfait inconnu. Je suis sur une plage au Portugal. Une jeune Française me saute dessus. « Comme vos enfants sont beaux ! D’où venez-vous ? » J’ai envie de lui répondre : « Comme toi, de France ! » À six ans, Isabelle découvre qu’elle est noire. Elle rêve d’incarner Marie dans la crèche vivante de son école, elle sera Balthazar, le roi mage venu d’Afrique. Pour cette petite fille élevée dans un quartier chic de Paris, c’est un choc. Le racisme au quotidien fait irruption dans sa vie. De Paris à Abidjan, des bancs de l’école catholique aux coulisses de la télévision, Isabelle Boni-Claverie se raconte. Femme noire issue d’un milieu privilégié, elle doit pourtant se rendre à l’évidence : en France, la classe n’efface pas la race. Sa plume vive et acérée entremêle ce récit à celui du destin incroyable de son grand-père, Africain devenu magistrat de la République française dans les années 1930 et époux d’une jeune fille de Gaillac, première femme de sa ville à épouser un Noir. Avec sensibilité, Isabelle Boni-Claverie nous amène à nous interroger sur notre rapport à l’altérité.

20Afro-communautaire : Appartenir à nous-mêmes de Fania Noël-Thomassaint

Dans la lignée du livre Afrofem qui entendait «traduire politiquement ses révoltes en révolution» contre le racisme d’État et le féminisme dominant, ce livre est un manifeste qui tente d’esquisser des horizons d’organisation et de libération pour la condition noire en France. Le cœur de ce manifeste est le suivant : «Être noir·e et vouloir appartenir à une communauté et à un projet politique révolutionnaire de libération qui s’inscrivent dans une pensée panafricaniste, anticapitaliste et radicalement afroféministe.» Dans une langue vive, ce manifeste veut éclairer les objectifs et les modalités d’une telle entreprise dans un pays où le mot «race» provoque passions et fantasmes. Partir de l’expérience spécifique des Noir·es en France, mais aussi des rapports entretenus par la France avec les Noir·es permet de comprendre le défi que représente un tel projet. Dans un pays obsédé par le spectre du «communautarisme», l’autrice propose de faire de la notion de «communauté» une arme contre le projet néolibéral et individualiste de dépolitisation des luttes de libération noire. 

21Identités Françaises: Banlieues, Féminités Et Universalisme de Mame-Fatou Niang

Dans Identités françaises, Mame-Fatou Niang interroge la périphérisation et lidentité nationale, à travers létude de discours sur les banlieues françaises. L’attention sur des femmes et sur le quotidien illumine des processus qui créent citoyenneté et marginalité dans la France républicaine.

22 Noirs de France de Rama Yade

 « On a quelquefois l’étrange impression de déranger quand on est noir dans un pays qui se croit tout blanc. Manifestement, le Français de souche n’a pas encore compris que français ne veut pas forcément dire blanc… »

 La France a-t-elle réalisé que ses citoyens noirs, encore considérés comme des migrants, ne repartiront pas ? Dans une république universelle qui récuse la notion de race, pourquoi les Noirs ne peuvent-ils pas se dire français sans provoquer un certain scepticisme ? Y a-t-il une communauté noire en France ? Quelle place pour la mémoire de l’esclavage ? Quel crédit apporter à l’opposition que certains tentent de créer entre Noirs et Juifs ? Peut-on croire à l’égalité quand des millions de Français noirs, dont les parents et les grands-parents ont tant donné à la République, sont si peu représentés dans l’espace public et que les discriminations minent toute perspective d’« intégration » ?

23Nuit d’épine de Christiane Taubira

La nuit, chacun la voit, la vit, la sent, l’apprivoise à sa manière. De celle de Guyane, trouée d’un faible lampadaire sous la lueur duquel enfant, à la faveur de la moiteur et du silence, elle allait lire en cachette, à celle qui lui permettait de régler ses comptes avec les péchés capitaux que les religieuses lui faisaient réciter dans la journée, la nuit a souvent été, pour Christiane Taubira, une complice, une alliée, une sorte de soeur intime, un moment particulier. C’est la nuit des chansons qu’on adore et dévore, la nuit du sommeil qui refuse qu’on annonce la mort d’une mère, la nuit des études passionnées et des yeux en feu à force de scruter les auteurs sacrés, la nuit qui ouvre sur les petits matins des métros bougons et racistes. C’est aussi la nuit des militantismes, de la Guyane qui se révolte, des combats furieux à l’Assemblée autour du mariage pour tous — un cathéter au bras et le courage en bandoulière. C’est enfin la nuit d’un tragique vendredi 13, bientôt suivie de celle où l’on décide d’un adieu. Ces nuits des espoirs, des questions, des inquiétudes parfois, des colères aussi sont un roman du vrai. Un récit littéraire où l’auteur montre que la vie est souvent plus forte, inventive, poétique, envoûtante, dure, terrible que bien des fictions.

24Un nègre à Paris de Bernard Dadie

Dès sa parution, un Nègre à Paris annonçait une ouverture de la conscience africaine sur le monde occidental que Bernard Dadié devait par la suite, enrichir dans Patron de New York et La ville où nul ne meurt. Ouverture qui est aussi une confrontation animée en profondeur par une quête d’indentite. Bernard Dadié va à Paris ; il regarde et il juge, à la fois fasciné par cette ville transfigurée dans l’imagination du jeune homme nourri de culture française, et critique: mesurant la réalité parisienne au mythe qu’il s’en était fait, au savoir scolaire qu’il en avait. Cet home séduit, mais non dupe, erre dans la grande ville, c’est un homme soucieux surtout d’éprouver la consistance de son être-nègre face à ce monde blans familier et étranger. Affaire sérieuse: cette flânerie souriante reste, sur le mode tendre et ironique, une longue marche vers la reconnaissance.

25Marianne et le garçon noir de Leonora Miano

Marianne et le garçon noir veut apporter une parole de l’intérieur sur l’expérience des noirs de sexe masculin dans la France de notre temps, en particulier sur le sol hexagonal. Plus largement, c’est sur la présence noire que se penche l’ouvrage, afin d’en explorer les particularités dans l’espace français. Les contributions sont de divers ordres, mais elles prennent appui, pour l’essentiel, sur le vécu des auteurs. Le projet est né à la suite de violences policières impliquant des jeunes hommes noirs. A partir du regard posé sur le corps, des fantasmes suscités par lui ou d’autres éléments, l’objectif est de rendre audible une parole sensible et politique, parfois inattendue, tant les représentations transmises depuis des générations sont réductrices.  L’influence de Marianne se déployant au-delà de ses frontières déjà complexes – la France étant un grand archipel – il m’a semblé pertinent d’associer à cette prise de parole une voix subsaharienne. En effet, le garçon noir qui cherche à arracher sa souveraineté aux rets de l’entreprise criminelle connue sous le nom de Françafrique est, lui aussi, concerné. De plus, dans l’environnement mondialisé où les réseaux sociaux abolissent frontières et distances, le sort des Noirs en France ne laisse pas indifférent en Afrique subsaharienne.

26Noire n’est pas mon métier

Noire n’est pas mon métier est un essai collectif initié par l’actrice française Aïssa Maïga et publié aux Éditions du Seuil le 3 mai 2018. Se présentant comme un « livre-manifeste », il se compose de témoignages et réflexions de seize comédiennes françaises noires ou métisses. L’ouvrage dénonce les discriminations et les stéréotypes dont les femmes noires et métisses sont victimes dans le milieu du cinéma français mais aussi à la télévision, au théâtre et dans le monde culturel en général. Les contributrices de l’ouvrage espèrent ainsi enclencher un véritable mouvement collectif et obtenir une meilleure représentation de la diversité.

27L’assignation: Les noirs n’existent pas de Tania de Montaigne

«  Trois jeunes femmes étaient assises, non loin de moi, dans un restaurant. L’une a dit: « Je n’ai jamais couché avec un…enfin tu vois…un Jaune ». « Moi, c’est avec un Noir que je n’ai jamais couché » a dit la seconde. « Faut dire qu’ils sont équipés! » a renchéri la troisième, « Les Noires, elles, elles peuvent, elles ont des grands vagins. » « Ah bon? » a dit la seconde. « Bah, oui, c’est comme pour les femmes… enfin… les Asiatiques, elles ont des sexes plus courts, c’est prévu pour. » Ce jour-là, j’ai donc appris que, comme toutes les Noires, j’avais un grand sexe.
Oui, mais qu’est-ce qu’une Noire?
J’essaie de me souvenir du temps où je n’étais pas Noire, mais seulement noire, sans majuscule. Un adjectif, pas un nom. Une simple couleur. Je passe en revue les souvenirs, la cité, l’école, les premiers boulots…Mais dans toutes ces images, je suis déjà Noire.
Alors, qu’est-ce qu’une Noire? D’ailleurs, est-ce que ça existe?
Et si les Noirs (et tous ceux dont on peut parler en ayant l’illusion qu’en mettant une majuscule on a tout dit d’eux) n’existaient pas?  »

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