Dans le documentaire Good Hair du comédien américain Chris Rock sorti en 2009, il rencontre un scientifique et ensemble ils plongent des canettes de boisson en aluminium dans de l’hydroxyde de sodium (un ingrédient de certains défrisants capillaires). De manière inquiétante, cela va détruire le métal en seulement une heure. Chris révèle ensuite au scientifique blanc âgé que les femmes noires mettent ce produit sur leurs têtes. « Pourquoi feraient-elle ça? », demande-t-il, perplexe. D’où l’intérêt de se demander ce qu’il y a réellement dans les défrisants et quels peuvent en être les effets sur leurs plus grandes consommatrices – Les femmes noires. Autrefois produit essentiel pour les femmes noires, les ventes de défrisants ont considérablement diminué probablement en raison de la popularité croissante du mouvement Nappy. Et cette année, les défrisants pourraient représenter le plus petit segment du marché des cheveux crépus.

Une étude de l’Institut national des sciences de la santé environnementale publiée dans l’International Journal of Cancer a montré qu’il pourrait y avoir un lien entre les défrisants chimiques, la teinture capillaire et le cancer du sein. Elle révèle également que «les produits utilisés principalement par les femmes noires peuvent contenir plus de composants présentant une activité hormonale».

Des chercheurs ont examiné les données fournies par Sister Study, une organisation visant à en savoir plus sur les causes du cancer du sein en étudiant les sœurs des femmes qui ont été diagnostiquées. Les données ont montré que les femmes – plus particulièrement les femmes noires qui utilisaient une teinture capillaire permanente ou un produit de lissage chimique – avaient plus de risques de développer un cancer du sein.

Les utilisatrices de produits de lissage étaient environ 30% plus susceptibles de développer un cancer du sein que celles qui n’utilisaient pas de produits. Bien que le risque ne varie pas entre les groupes ethniques, les femmes noires sont plus susceptibles d’utiliser des défrisants, avec environ 75% des femmes noires dans l’étude déclarant qu’elles lissent chimiquement leurs cheveux contre seulement 3% des femmes blanches.

La coloration permanente des cheveux expose à 7% plus de risques de développer un cancer du sein chez les femmes blanches et à un risque colossal de 45% chez les femmes noires. Selon Alexandra White, l’une des éditrices de l’étude: «Il est possible que le type de colorant ou l’application de colorant soit différent pour les femmes noires par rapport aux femmes blanches. Il est également possible que la texture des cheveux joue un rôle dans la quantité de colorant nécessaire ou absorbée. »

Quels sont donc les autres produits cosmétiques destinés aux femmes noires contenant ces composant présentant une activité hormonale comme le suggère l’étude? Les produits de beauté commercialisés auprès des femmes noires contiennent les ingrédients plus dangereux selon les chercheurs du Environmental Working Group. Parmi les plus nocifs, les défrisants et les produits de blanchiment, mais également certains rouges à lèvres, anti-cernes et fonds de teint.

Selon Science Directles femmes afro-américaines dépensent plus d’argent en parfums et produits d’hygiène féminine que les autres femmes aux États-Unis. Une étude rapporte que les femmes afro-américaines sont également plus susceptibles d’tiliser des produits d’hygiène vaginale comme les douches vaginales par rapport aux femmes blanches.

Dans un article intitulé ‘Profiting From the Myths About Black Women’s Bodies’ dans le Time, l’auteure rapporte que « tout comme lisser nos cheveux et raser nos jambes, laver et désodoriser les vagins est quelque chose que nous les femmes noires apprenons à nos filles et que les soeurs de nos amies apprennent à nos amies ». Et cette préoccupation pour la beauté, pour l’hygiène et pour la propreté pourrait provenir des mythes historiques imprégnés de misogynoir contre les femmes noires, qui ont ensuite été vendus à ces dernières sous forme de produits et sont maintenant transmis comme norme culturelle. Dans An odor of Racism: Vaginal Deodorants in African-American Beauty Culture and Advertising, Michelle Ferranti explique comment le marketing racialisé destiné aux femmes noires joue sur les insécurités historiques autour des odeurs et de la beauté – remontant à l’esclavage. « Pour de nombreuses Afro-Américaines récemment émancipées, un corps propre et sans odeur signifiait un progrès et un challenge personnels, et l’espoir d’une assimilation raciale ».

Après la Seconde Guerre mondiale, les marques ont commencé à commercialiser les douches vaginales spécifiquement pour les femmes noires. Une étude sur l’utilisation des produits d’hygiène féminine par les femme noires et blanches, y compris les tampons, les serviettes hygiéniques, les douches vaginales, les vaporisateurs féminins, la poudre et les lingettes, a révélé que « les douches vaginales peuvent augmenter l’exposition au DEP (phtalate de diéthyle) et contribuer à des disparités ethniques dans l’exposition au DEP. L’exposition au DEP est associée à une augmentation des biomarqueurs du stress oxydatif, une densité mammographique élevée et un risque accru de cancer du sein. »

Et cela ne s’arrête pas là: le podcast Stuff Mom Never Told You rapporte comment le talc tue les femmes noires. Le talc, l’ingrédient principal de la poudre, se trouve souvent près de l’amiante dans la nature, ce qui signifie qu’il peut devenir contaminé – les liens entre l’amiante et le cancer étant largement connusUne étude de l’Université de Virginie datant de 2016 a révélé que les femmes afro-américaines qui utilisaient du talc pour l’hygiène féminine avaient un risque de plus de 40% supplémentaire de contracter un cancer. Et, il est allégué que Johnson & Johnson connaissait les liens potentiels du cancer depuis les années 70 mais a continué à commercialiser la poudre «de manière plus agressive envers les femmes afro-américaines». Bien que de nouvelles études affirment que le lien entre les deux soit faible et que davantage de recherches sont nécessaires, cela reste une préoccupation majeure.

Et bien sûr, les crèmes éclaircissantes pour la peau destinées aux personnes noires à l’échelle mondiale ont également des effets néfastes sur la santé qui peuvent entraîner une intoxication au mercure, une neurotoxicité et des lésions rénales. Et la trichologue Lorna Jones note que la génétique ainsi que les coiffures serrées et le peignage à chaud peuvent conduire à une alopécie cicatricielle centrifuge centrale, l’alopécie la plus courante chez les femmes noires.

Les femmes noires sont constamment matraquées avec les normes de beauté européennes – via la publicitédont certaines sont basées sur des mythes historiques à leur sujet. Si des recherches doivent continuer à être menées concernant les produits, une alternative serait par exemple de privilégier des produits éthiques, accessoirement pensés par des Noirs pour des Noirs.

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