Le syndrome de l’imposteur et la discrimination raciale travaillent main dans la main pour détruire notre estime de soi et notre santé mentale.

« Vous êtes une telle inspiration. »

C’est ce qu’une jeune femme m’a dit lors d’un récent événement de Networking. C’est une étudiante en journalisme et une écrivaine en herbe qui suit mon travail et veut un jour raconter des histoires qui comptent pour elle en tant que femme noire, tout comme moi. J’ai gracieusement accepté son compliment mais à l’intérieur, je paniquais.

Sur papier (et dans ma biographie Twitter), je suis écrivaine, éditrice, reporter, journaliste. À mon avis, cependant, j’incarne une imposture. Ma crainte c’est qu’un jour, les gens cessent de me voir comme une « inspiration » et qu’ils me coupent l’herbe sous le pied, révélant au monde l’écrivaine et la journaliste médiocre que je suis vraiment.

Tout cela peut sembler dramatique et vraiment autocritique, mais toute personne qui lutte également avec des pensées similaires comprendra cette spirale interne d’opinions négatives.


Pour beaucoup de personnes noires, le syndrome de l’imposteur n’est pas juste une voix imaginaire dans nos têtes. Nous recevons presque quotidiennement des messages de la société selon lesquelles nous ne faisons pas vraiment partie de celle-ci.


Le terme «syndrome de l’imposteur» ou «syndrome de l’autodidacte» a été inventé par les psychologues Pauline R. Clance et Suzanne A. Imes en 1978 pour décrire une «expérience interne de doute maladif chez les personnes qui croient qu’elles ne sont pas intelligentes, capables ou créatives malgré les preuves de réussite élevée». Pour dire les choses simplement, le syndrome de l’imposteur est la voix dans votre tête qui vous dit que vous n’êtes pas assez bon, que vous êtes une «arnaque» sur le point d’être découverte.

C’est le sentiment de ne pas être légitime ou de ne pas appartenir à un milieu: bureau, groupe d’amis, salle de classe ou salle de conférence. Et ce, peu importe votre qualification, votre expérience ou tous les compliments, feedbacks positifs et la validation de la part des autres que vous pouvez recevoir. Derrière le syndrome de l’imposteur, se cache l’obsession selon laquelle votre succès et vos accomplissements ne sont pas dus à votre intelligence mais à des facteurs extrinsèques (chances, relations, circonstances particulières). Au contraire, l’on a tendance à croire que nous sommes voués à l’échec et que notre entourage découvrira le «poteau rose» un jour.

70 % des personnes dans le monde souffrent du syndrome de l’imposteur à un moment de leur vie, selon le Journal of Behavioral Science. Et bien que le syndrome de l’imposteur ne soit pas une maladie que l’on puisse formellement diagnostiquer, il peut entraîner des effets néfastes sur la santé mentale. Les experts pensent que des sentiments prolongés d’isolement et de stress provoqués par ce sentiment peuvent conduire à d’autres maladies reconnues telles que l’anxiété et la dépression.

Les personnes noires sont particulièrement vulnérables à cette sensation démoralisante. C’est notamment parce que pour nous, le syndrome de l’imposteur n’est pas seulement une voix imaginaire dans nos têtes. Nous pouvons l’entendre haut et fort à travers des messages presque quotidiens de la société qui nous invisibilise et nous donne l’impression que nous n’y avons pas réellement notre place. Ce sentiment d’altérité est un phénomène courant sur le lieu de travail par exemple où, trop souvent, vous pouvez être la seule personne noire. Cela se produit dans les magasins lorsque nous sommes suivis par la sécurité pendant que nous faisons nos courses. Ou encore chaque fois que nous allumons la télévision, ouvrons un livre ou regardons un film et que nous ne voyons personne qui nous ressemble faire autre chose que d’être au second plan. Le monde – de manière subliminale, pure et simple – nous dit que nous n’appartenons pas à celui-ci, et que nous ne sommes pas assez bons.

Aux Etats-Unis, une étude menée par Kevin Cokley, professeur à l’Université du Texas à Austin, a révélé que le syndrome de l’imposteur peut s’ajouter au stress que ressentent déjà les minorités. En réponse aux micro-agressions que nous vivons dans la vie réelle, nous devenons nos propres agresseurs, nous laissant envahir par un dialogue interne négatif qui peut entraîner de mauvais soins physiques et mentaux. Avec le syndrome de l’imposteur, il devient trop facile de croire les mensonges que la société et votre cerveau vous disent.


Même si votre cerveau et tout ce qui vous entoure vous disent le contraire, sachez que vous êtes capables, que vous êtes talentueux, que vous avez votre place.


Le syndrome de l’imposteur fait partie de la vie de nombreuses personnes noires, mais cela ne doit pas nécessairement être le cas. Nous pouvons combattre le phénomène et la discrimination simplement en nous montrant et en devenant visibles. Augmenter notre représentation dans les endroits où nous avons souvent été historiquement exclus ne bénéficiera pas seulement aux institutions que nous infiltrons, mais créera également un environnement où nous ne nous sentirons plus comme des cas uniques. Tout simplement: plus nous sommes nombreux dans la pièce, plus nous aurons le sentiment d’y avoir notre place et moins nous nous sentirions seuls.

Mais il n’est pas seulement de notre responsabilité de lutter contre cela. Tout le monde doit avoir conscience de comment le syndrome de l’imposteur affecte les personnes noires et comment il crée des obstacles.

Cela est particulièrement vrai pour les décideurs dans le milieu de travail, mais ça commence peut-être à un niveau encore plus large, avec la recherche. Les chercheurs ont la responsabilité d’examiner les rôles que jouent le groupe ethnique, le genre, l’âge et le statut socio-économique dans la façon dont les problèmes de santé mentale se développent, en particulier ceux qui découlent du syndrome de l’imposteur.

Si vous souffrez du syndrome de l’imposteur en tant que personne noire, rappelez-vous de vos propres réalisations. Et si votre cerveau ne vous laisse pas croire en elles, regardez les réalisations d’autres personnes qui vous ressemblent. Lorsque nous ne pouvons pas obtenir de siège à une table institutionnelle, nous devons créer nos propres espaces où nous pourrons être valorisés. D’autres nous ont précédé pour nous faire une place. Et notre simple existence crée un espace que quelqu’un d’autre peut suivre. Nous devrions tous essayer de devenir l’inspiration que nous voulons et devons voir. C’est ma responsabilité personnelle en démantelant le syndrome des imposteurs – et la discrimination qui l’alimente – d’être une représentation, d’être quelqu’un qui peut vous dire que, même si votre cerveau et tout ce qui vous entoure vous disent le contraire, vous êtes capables, vous avez du talent, vous avez votre place.

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