J’ai un souci avec la taille de mon sexe. Il n’est pas assez grand et j’aimerais qu’il le soit. J’imagine que c’est la taille moyenne mais, ce n’est vraiment pas assez pour moi. Je suis noir et il paraît que tous les hommes noirs ont un énorme sexe. Je ne sais pas où j’étais lorsqu’on attribuait les tailles aux phallus mais de toute évidence, j’étais absent ce jour-là.

Vers l’âge de douze ans, j’avais un voisin qui était bien monté. Il était si fier de son chibre qu’il l’exposait fréquemment (oui, oui). Et quand il n’en parlait pas, il défiait les autres enfants pour savoir qui avait la plus grosse. Comme si cela ne suffisait pas qu’il soit le plus grand de taille et qu’il attire l’attention de toutes les filles, il fallait aussi qu’il soit bien monté.

Il n’y avait pas qu’au quartier ou à l’école que les gosses discutaient de la taille du sexe des noirs. C’était aussi dans les médias, les sites de boules, dans les spectacles des comédiens, à la télévision, bref, un peu partout. Du coup, il y a des jours où je fixe mon entrejambe et je me dis: « c’est tout ce que tu as pu avoir? ».

La taille?

Je ne peux pas dire exactement quelles sont mes mensurations car je n’ai jamais vraiment pris le temps de mesurer ma queue avec une règle. La première raison à cela c’est que je n’aime pas les mauvaises nouvelles. Or, ce genre d’information peut suffire à ruiner votre journée. En plus, au moins de cette façon, je peux honnêtement répondre « je n’en sais rien » quand on me questionne sur la taille de mon chibre. De plus, j’ai regardé suffisamment de porno, fréquenté suffisamment de vestiaires avec d’autres gars et lu suffisamment sur la taille du pénis masculin pour connaître la différence entre gros et moyen. Je suis (tout au plus) moyen. Et ça craint.

Je suppose que je n’ai aucune raison de m’en plaindre. Aucune de mes partenaires sexuelles n’a jamais dit que la taille de ma bite était un problème. Mais encore, me le diraient-elles réellement?

Juste comme il faut

Bien qu’aucune partenaire ne m’ait jamais informé que j’avais un petit sexe, à deux reprises, j’ai été étiqueté «pas gros». Lors de ma première escapade en Australie, j’étais en couple avec une très belle et attentionnée femme blanche australienne. Quelques mois après le début de notre romance, nous avons discuté de ses amies et de leurs impressions sur moi. L’une des premières questions qu’elles lui ont posées était: « Est-ce vrai ce qu’ils disent des hommes noirs? »

Le plus triste dans tout ça, c’est que je voulais qu’elle puisse répondre à leur question par «Oui, sa bite est énorme et magnifique». Je ne sais pas ce qu’elle leur a réellement répondu mais dans son regard, je pouvais lire «T’es pas une star de porno mais ça ira».

Deux ans plus tard, je sortais avec une femme italo-australienne pétillante et aux courbes magnifiques. Dès le début, ses amies lui ont carrément demandé: «Est-ce que sa bite est grosse?». Elle a répondu en disant que mon sexe était «comme il faut». COMME IL FAUT? «Comme il faut» c’est ce qu’on dit pour la température ambiante. Pour mes organes génitaux, je veux « GROS », « ÉNORME »!

Bien entendu, le caractère mixte des relations ci-dessus a joué un rôle dans le mythe du phallus noir choisi comme sujet central des conversations. La question est: si ces deux femmes étaient noires, le poids de ce stéréotype continuerait-il à peser lourdement sur moi?

Avant de commencer à sortir avec ces femmes, j’étais conscient de la perception selon laquelle être un homme noir, c’est avoir un gros sexe. Par conséquent, il est probable que cette insécurité a toujours été présente chez moi, indépendamment de l’origine ethnoculturelle de ma partenaire sexuelle.

J’ai essayé des exercices pour le pénis en vain et j’ai même envisagé une chirurgie d’agrandissement du pénis, mais je ne peux pas envisager l’idée de voir des objets tranchants à cette partie de mon corps. Je me retrouve donc coincé avec ce que j’ai.

L’origine de la grosse bite des Noirs

Je me rends compte que de façon systémique, mon désir d’avoir un plus gros sexe se situe à l’intersection du racisme et de la socialisation patriarcale. Autrement dit, j’ai intériorisé cette notion raciste selon laquelle les hommes ont des gros chibres, notion qui puise elle-même ses racines dans les théorie racistes européennes, utilisées pour justifier l’esclavage et les oppressions raciales.

La peur de la sexualité masculine noire en particulier a été une des raisons principales de l’assujettissement des hommes noirs. Historiquement, les hommes noirs étaient décrits comme des sous-hommes, bestiaux et axés sur la luxure. Aux Etats-Unis, ce raisonnement a notamment conduit aux conclusions selon lesquelles les hommes noirs représentaient une menace sexuelle pour la société et étaient enclins à violer les femmes blanches. De nombreuses accusations de comportements inappropriés de la part d’hommes noirs envers des femmes blanches ont été utilisées pour justifier le lynchage des hommes noirs. L’un des plus marquants reste sans doute celui d’Emmett Till. Ce jeune afro-américain de 14 ans, a été kidnappé et brutalement assassiné après avoir accusé d’avoir flirté avec une femme blanche.

L’auteure et professeure Gail Dines a analysé avec précision la façon dont l’industrie du porno s’appuie sur le racisme sexuel. Beaucoup de films pour adultes avec des hommes noirs dans des rôles principaux utilisent des thèmes raciaux dans le titre et souvent comme principaux arguments de vente du film. Des titres tels que «Big Black Dicks, Little White Chicks» ou encore « There´s a Black Man in My Wife´s Ass” permettent à l’industrie du porno de perpétuer les stéréotypes sexuels sur les hommes noirs. Le monde du porno joue ainsi sur l’exacerbation de la notion d’obsession des hommes noirs pour les femmes blanches qui était souvent utilisée pour justifier le lynchage des hommes noirs.

Larry G. Morton II, dans son article intitulé: MSM, the Streets, and Lockdown: Sexual Threat and Social Dominance in America, rapporté que des expressions telles ‘once you go black you never go back’ (quand on goûte à un noir, on ne veut plus que ça.) sont des exemples de tentatives de stigmatisation de la sexualité masculine noire. Ou, comme l’a révélé Dines : « De l’image de la femme noire comme Jézabel, au mâle noir comme sauvage, les représentations blanches traditionnelles des noirs ont codé la sexualité noire comme déviante, excessive et une menace pour l’ordre social blanc. »

Pousser la réflexion et élever le débat

L’idée du mâle noir salace et de sa queue monstrueuse a donc souvent été utilisée pour perpétuer l’objectification et la brutalité des hommes noirs. Mais comment transcender les messages de marginalisation lorsqu’ils sont transmis par des canaux interpersonnels, institutionnels et historiques?

… D’abord par le bias de l’éducation

Pour commencer, une éducation plus poussée est nécessaire afin de re-socialiser les hommes dès l’enfance. Avec le recul, une grande partie de mon éducation est venue de mes camarades d’enfance, dont la plupart étaient aussi mal informés que moi. Ces informations peuvent inclure la confrontation des stéréotypes actuels et des idéaux hyper masculins sur la sexualité masculine ainsi que des recherches concrètes sur l’anatomie masculine.

Par exemple, j’ai été récemment informé par un collègue que, contrairement à la croyance populaire, les mâles humains sont les mieux dotés des hominidés, proportionnellement à la taille du corps. La taille moyenne du pénis humain est de cinq pouces . Comme mon collègue l’a conclu, si les hommes n’étaient pas bombardés d’un flot de messages prêchant leur sentiment de ne pas être à la hauteur, les insécurités liées aux organes génitaux masculins seraient minimes.

En outre, les experts du sexe s’accordent généralement à penser que le cerveau est la plus grande zone érogène, et non les organes génitaux externes. Plus nous sommes en phase avec nos préférences sexuelles et celles de nos partenaires, plus l’expérience sexuelle est améliorée. Ce type d’information peut être utile pour réécrire le récit masculin dominant.

… Démystification de la sexualité masculine noire

Enfin, je trouve qu’il y a très peu de littérature écrite sur la sexualité masculine noire autre que la maladie et l’oppression. On pourrait conclure que la stricte concentration académique sur le comportement sexuel masculin noir se rapportant inflexiblement à la maladie et à l’oppression elle-même constitue une distorsion raciste de la sexualité masculine noire américaine.

Selon moi, ce type de focus rigide sur la sexualité détourne par inadvertance l’attention des hommes noirs de leurs attitudes individuelles des hommes à propos de leur sexualité. Notre compréhension de la sexualité masculine noire gagnerait à accorder une attention à la dynamique à la fois au niveau macro et micro.

L’examen des expériences sexuelles, des attitudes et des croyances des hommes noirs et de la façon dont ces individus construisent des histoires sur leurs expériences sexuelles semble justifié et pourtant visiblement absent de la littérature.

… La responsabilité des médias

En ce qui concerne la télévision, j’attends toujours une version masculine de «Sex in the City»: un espace pour que les hommes parlent authentiquement ou vivent leurs expériences, leurs attentes, leurs fantasmes et leurs peurs en matière de sexe et de sexualité. Discuter de nos insécurités en particulier peut être une bonne voie vers la libération de notre prison hyper-masculine imposée par la société. Souvenez-vous que vous êtes en aussi bonne santé que vos secrets.

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