Je suis métisse franco-sénégalaise. Pourtant, je suis régulièrement traitée comme si j’étais un fruit tropical. L’adjectif « exotique » sur Google signifie «Qui appartient à des pays étrangers et lointains» comme des «oiseaux exotiques» ou des «lieux exotiques». Quant au nom – eh bien – il fait davantage référence à une plante ou un animal exotique.

Généralement, lorsqu’on m’attribue ce qualificatif, c’est censé être un compliment. Enfin, je pense. Alors, peut-être est-ce moi qui en fait tout une histoire et peut-être que certaines femmes noires et métisses n’y voient personnellement rien de péjoratif. Mais pour moi, ce mot est tellement chargé historiquement, notamment sur la façon dont les femmes noires ont été opprimées sexuellement, et il m’évoque une certaine altérité que nous aurions par rapport aux blanc·he·s, qui seraient la norme. Cette exotisation est à la fois un moyen de nous déshumaniser et de nous placer sur un piédestal irréaliste. D’ailleurs, j’ai fréquenté des hommes pour qui les noires, asiatiques, maghrébines étaient un peu comme des Pokémons qu’ils collectionnaient.

Voici quatre raisons pour lesquelles qualifier une femme noire ou métisse « d’exotique » est raciste.

1. L’exotisation implique qu’il existe un standard de beauté «normal»

« Tu es plutôt jolie pour une noire »

Les femmes noires et métisses sont considérées comme exotiques parce que nous sommes différentes de l’idéal de beauté traditionnel, qui est presqu’exclusivement blanc. Et tandis que certaines belles femmes noires et métisses ont acquis une certaine reconnaissance, les représentations médiatiques ont encore parfois tendance à «blanchir» ces femmes en éclaircissant leur peau ou en rétrécissant leur corps.

L’exotisation rappelle que les femmes noires ne répondent pas aux normes occidentales de beauté blanches qui favorisent une peau et des yeux clairs, des cheveux lisses et des traits fins.

Les normes de beauté sont une forme de monnaie sociale, économique et culturelle – Elles déterminent si les individus sont traités avec dignité et respect par la société ou non.

Ainsi, en fonction de comment une femme noire porte ses cheveux, selon qu’ils soint conformes ou non aux normes de beauté occidentales, elle aura plus ou moins de chances d’être retenue pour un emploi.

Lorsque la beauté est dans l’œil du spectateur – et le spectateur est souvent un homme blanc cis-hétérosexuel – les récits de beauté deviennent racialisés.

Bien que les femmes blanches soient également soumises à des normes de beauté, les femmes racisées restent complètement aliénées et exclues de cet idéal. Par exemple, les femmes asiatiques, souvent fétichisées racialement en tant que femmes « passives » et « soumises », se doivent d’être petites et délicates à travers le prisme des standards de beauté occidentaux. L’exotisation s’accompagne généralement de fixations sur des aspects comme la couleur de la peau, les cheveux, la forme des yeux ou d’autres parties du corps. Cela se manifeste par exemple pour l’obsession pour les yeux « en amande » des femmes asiatiques ou encore le « fessier rebondi » des femmes noires.

Mais, cela peut également se manifester par la manière dont ces attributs peuvent facilement devenir indésirables. Les femmes noires peuvent être à la fois hypersexualisées et désexualisées. Notre beauté n’est jamais vraiment considérée comme une véritable beauté.

2. L’exotisation réduit les femmes au statut d’animaux exotiques

En percevant les femmes noires comme exotiques, vous nous faites aussi nous sentir comme des animaux sauvages à apprivoiser. Des stéréotypes qui vont généralement de pair avec l’image des hommes noirs bestiaux et prédateurs.

Une perception qui n’est pas sans rappeler la façon dont les explorateurs – colonisateurs exposaient les trophées ramenés des «terres exotiques» lors d’expositions universelles: des autochtones considérés comme primitifs. Les noirs et d’autres groupes ethniques étaient littéralement des animaux exposés dans des zoos, à l’image de Saartjie Baartman, objectivée, exploitée et exposée pour son corps «anormal» aux yeux des occidentaux.

La perception et le traitement des femmes noires comme des animaux «exotiques» se manifestent dans la façon dont nos corps sont humiliés et exploités quotidiennement. Ou comment nos corps et notre sexualité sont transformés en plaisanteries, fétiches et tendances fugaces.

Être «blanc» est et a toujours été considéré comme normal, humain et racialement supérieur. Les personnes noires à l’inverse elles, ont toujours été considérées comme inférieures, comme des curiosités fascinantes et des aberrations de ce que cela signifiait d’être humain.

3. Les médias et l’histoire continuent de dépeindre l’exotisme de façon nuisible

La représentation des femmes noires comme exotiques et de «contrées lointaines» est omniprésente dans les médias mainstream, dans les chansons populaires avec des paroles qui évoquent les paysages tropicaux et dont les populations font figures d’accessoires ou de décors dans les magazines de mode.

La fétichisation des femmes noires qui dépeint nos corps comme des épices exotiques à découvrir, retrace les héritages coloniaux qui justifiaient le viol et l’asservissement. Ces histoires de colonisation sont réécrites et banalisées par la culture populaire. L’héritage de la colonisation et son impact sur les femmes racisées s’étendent dans tous les médias – ils sont également présents dans le porno. Une grande partie de l’industrie du porno traditionnelle est structurée autour des prémisses du fantasme masculin blanc, où la femme blanche est à la fois normale et innocente. Puis, cette même industrie utilise des intrigues violemment racistes où les femmes racisées sont dominées et humiliées.

4. Au sujet de la violence contre les corps «exotiques»

La sexualité des femmes noires est souvent considérée comme «hypersexuelle». Par exemple, aux Etats-Unis, la représentation médiatique des Latinas suit un schéma de sexualisation et d’exotisation. Lorsque les femmes racisées sont perçues comme exotiques, un autre ensemble d’attentes comportementales s’impose en termes de stéréotypes de personnalité qui nous rendent plus ou moins désirables. Les femmes racisée sont dépeintes comme voulant toujours du sexe ou disponibles pour le sexe, mais pas d’une manière qui reflète réellement nos désirs, notre volonté ou nos besoins.

L’hypersexualisation est souvent imposée comme une hyper-hétérosexualité – effaçant les nombreuses façons dont les femmes racisées expriment et identifient leur sexualité. Les mythes qui assimilent «exotisme» à «débauche» ont conduit à des conséquences dramatiques où les expériences d’agression sexuelle subies par des femmes racisées sont minimisées, et pire encore, normalisées et légitimées.

Perçues comme exotiques et donc fétichisées avec des stéréotypes, les femmes racisées ne sont pas pleinement reconnues comme des personnes. Être exotisée, c’est comme se voir dire: « je choisis uniquement de te reconnaître par ton origine ethnique, que soit dit en passant, je fétichise ».

Être appelé exotique est enraciné et ancré dans la violence. Bien qu’en surface, cela semble complémentaire, et au pire, un faux pas décontracté, l’impact historique et actuel de l’exotisation des femmes racisées nous a ciblées pour les violence sexuelles. Qualifier une femme «d’exotique» est non seulement raciste, mais a également des effets néfastes sur la façon dont nous et sur la façon dont nos communautés sont traitées au quotidien et au niveau systémique.

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