Aux Etats-Unis, nombreux sont les hommes de la communauté noire qui ont troqué jogging, baskets et sweats à capuche pour des tenues plus formelles, comme pour se protéger. C’est ce que rapportait déjà le site Mashable dans un article de fond. En effet, arborer un costume est un moyen pour ces hommes d’éviter de se faire profiler racialement par les autorités et de ne pas risquer leurs vies. Après le meurtre du jeune Trayvon Martin, dont le sweat à capuche est devenu un véritable symbole pour les militants noirs, de nombreux hommes noirs considèrent qu’ils ne se sentent tout simplement plus en sécurité s’ils ne sont pas habillés de manière très formelle. Il y a eu Trayvon Martin qui a été tué par balle alors qu’il portait un chandail à capuche noir mais aussi Michael Brown Jr. qui arborait une tenue baggy lorsqu’il a été abattu à Ferguson ou encore Freddie Gray qui portait un coupe-vent avec une capuche lorsqu’il a été arrêté à Baltimore.

« J’aime porter des sweats à capuche », déclare Alex Peay, fondateur et président de Rising sons. « Mais quand j’en mets, il y a tellement de suspicion. Je ne me sens plus à l’aise avec des vêtements trop amples. Je suis inquiet de ce qui pourrait m’arriver. Je vois aussi comment les autres me regardent. Les gens serrent leurs sacs, les femmes changent de trottoir. Je peux dire ‘bonjour’ que personne ne me répondra ».

En 2013, le site Web Killed by Police a documenté 770 décès liés à la police. Cette statistique a atteint 1 104 en 2014. En 2015, il y a eu 699 décès signalés avec d’innombrables autres qui n’ont pas été signalés ou rendus publics. Selon les statistiques, le pourcentage de Noirs tués par la police est beaucoup plus élevé que les autres données démographiques. Il y a environ 4,2 sur un million de Noirs tués, contre 1,6 par million pour les Blancs.

Pour éviter de devenir une autre statistique, les hommes noirs à travers le pays, ont adopté un code vestimentaire pour détourner l’attention négative comme moyen de survie conscient. Ils veulent envoyer ce message: «Je suis inoffensif. Je ne représente pas de menace. Vous pouvez me faire confiance. »

Certes, de nombreux hommes noirs américains s’habillent simplement ainsi parce qu’ils aiment. Ils ne s’habillent pas nécessairement de façon formelle ou casuel pour se sentir plus en sécurité dans leur peau ou pour éviter les soupçons de la police. Il suffit de regarder des icônes de la mode comme Pharrell Williams et Kanye West, ou des dandys émergents comme Jidenna, qui sont des pionniers à part entière. Mais historiquement, être tiré à quatre épingles était pour les Afro-Américains un moyen de gagner en respectabilité depuis les années 1800. « Lorsqu’un Africain captif réduit en esclavage décidait de s’enfuir, il volait notamment des vêtements », déclare à Mashable Calvin Warren, professeur adjoint d’études américaines à l’Université George Washington. 

Cette tendance a évolué tout au long de l’histoire lorsque les hommes et les femmes se sont assurés de porter leurs meilleurs costumes lorsqu’ils se rendaient à l’église le dimanche. Les musiciens de jazz ont ensuite incarné l’image des hommes noirs éternellement cool avant que les vêtements ne prennent un autre sens politique. Les Afro-Américains portaient en particulier des dashikis pendant la période politiquement instable des années 60, se laissaient pousser de jolis afros pour revendiquer leur identité dans les années 70 et ont popularisé le style hip-hop dans les années 80. 

Pour certains, troquer son sweat pour un costume ne change rien. « La façon dont les hommes noirs s’habillent ne change rien aux yeux d’un policier », explique Jabari Asim à Mashable, professeur au Emerson College. «Il ne regarde pas vos baskets; il regarde votre peau.  » 

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