Je suis une jeune femme noire qui n’a jamais fréquenté un homme noir et, la plupart du temps, je n’y pense pas plus que ça. Pourtant parfois, lorsque je croise un homme noir, charmant, de mon âge, je ressens comme un sentiment de culpabilité, comme si je « trahissais » mon « peuple ».

Bien que les relations mixtes soient encore loin d’être parfaites, je reconnais les étapes que notre société a franchies vers l’inclusion. Néanmoins, j’ai toujours l’impression que, en ne fréquentant pas les noirs, je néglige l’histoire commune, la solidarité et la prospérité future de mes semblables.

En tant que jeune femme et même tout au long de l’université, j’étais souvent agacée lorsque mes ami·e·s suggéraient que je trouverais plus facilement un homme comme par magie si je me concentrais uniquement sur les hommes noirs. Les blancs ne t’aimeront jamais comme les noirs, disaient-ils-elles. Je rejetais systématiquement ce genre de discours, étant convaincue que mon amour ne devrait pas être limité à une couleur de peau ou à quoi que ce soit.

Même lorsque j’ai exprimé un intérêt romantique pour les noirs, cela a toujours été vain. C’était peut-être l’aspect le plus frustrant du conseil de mes ami·e·s bien intentionné·e·s. Mes expériences remontent au collège, quand j’étais fascinée par un camarade de classe noir pendant trois ans. Tout cela a été interrompu brutalement quand, pleinement conscient de mon béguin pour lui, il s’est moqué de moi et m’a « humiliée » devant mes ami·e·s lors de la fête organisée pour mon 13e anniversaire.

J’avais 19 ans la première fois qu’un homme noir a manifesté une attirance vis-à-vis de moi, non sans intérêt ; c’était un ami métis qui m’a invitée à plusieurs reprises à sortir avant de me faire assumer les rendez-vous financièrement. Au lycée et à la fac, les quelques noir·e·s que je connaissais trouvaient que je n’étais pas assez « noire » pour eux. Qu’il s’agisse de mon style vestimentaire ou de mes goûts musicaux, on m’a souvent reprochée de faire « trop blanche ».

Au fil du temps, j’ai réalisé qu’être noir·e ne signifiait pas que je devais avoir l’air ou agir d’une certaine manière. Je pouvais aimer ma peau et aussi aimer la variété française et le rock. Il m’a fallu du temps pour voir que nous – les noir·e·s – ne sommes pas un bloc homogène.

En tant que femme noire, je voulais être perçue comme attirante pour plus que les hommes noirs. Ce n’est pas simplement parce que j’ai toujours cru en l’inclusion, mais aussi parce que j’ai grandi entouré de blancs. Si j’avais attendu qu’un homme noir qui m’aime sorte de nulle part, j’aurais attendu une décennie.

Les hommes noirs auraient certainement plus facilement compris mes problèmes de cheveux ou d’injustice institutionnelle. Mais je sais depuis longtemps qu’il n’existe pas de partenaire idéal. Je me suis simplement concentré sur la recherche d’un grand homme. En chemin, j’ai fréquenté des blancs qui voulaient en savoir plus sur moi en tant que femme noire, des hommes blancs qui prétendaient que ma couleur n’existait pas, un juif bien intentionné mais politiquement exaspérant, et un brésilien qui m’a rapidement abandonnée pour ma meilleure amie. Aucun d’entre eux ne me convenait, mais ce n’était pas parce qu’ils n’étaient pas noirs.

Ma plus belle rencontre jusqu’à présent a été un ingénieur aux yeux bleus et aux dents parfaites. Son cœur et son esprit doux sont plus importants que son apparence. J’ai volontiers partagé ma version de l’amour avec lui. Pour nous, cela signifie apprendre à connaître les cultures de chacun. Il me fait découvrir la bière allemande et les chants de stade. Je le familiarise avec ma culture des Caraïbes et ma cuisine guadeloupéenne. Ensemble, nous aimons écouter la musique de Lauryn Hill et regarder des documentaires émouvants sur l’incarcération aux Etats-Unis. Mais l’aspect de notre amour pour lequel je suis le plus reconnaissante reste le fait que je sois finalement aimée pour mon héritage afro-caribéen, et non en dépit de celui-ci.

Pourtant, je me sens parfois coupable de ne pas sortir avec un homme de ma communauté. Je suis une alliée de mon peuple mais, je n’ai pas communié avec eux de la manière la plus profonde possible – l’amour romantique. Comment puis-je soutenir l’accomplissement des noir·e·s si je n’ai jamais laissé tomber mes propres barrières pour un homme noir moi-même ?

Non pas que je ne sois pas heureuse dans ma relation actuelle. Je le suis. Plus que je n’aurais pu l’imaginer. Mais je suis davantage tiraillée entre le progressisme que je poursuis naturellement et le caractère régressif d’une société qui me fait encore me sentir « moins noire » parce que je sors avec un homme blanc.

Heureusement, les plus petites rencontres du quotidien me rappellent que l’amour ne devrait pas être lié par des règles, ni définitivement par une « race ».

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