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Oui, Booba et Kaaris sont deux hommes noirs influents, et alors ?

La récente rixe entre les rappeurs Booba et Kaaris a remis sur la table le sujet de l’exemplarité au sein des minorités. En effet, j’ai vu des personnes noires et d’origine maghrébine s’offusquer sur la toile en déplorant que nos deux pères de famille aux discographies distinguées ne contribuent qu’à tenir l’image des Noirs (et des jeunes issus de la diversité), justifiant ainsi les préjugés sur nous.

Oui, Booba et Kaaris sont deux rappeurs noirs qui jouissent d’une bonne visibilité, et alors ? Ils ne sont pas les porte-étendards de leur communauté et leur comportement ne devrait pas déterminer le traitement qu’on me réserve en tant qu’individu noir. Non pas qu’il faille cautionner leur violence mais, prétexter ces écarts pour justifier le racisme que les Noirs subissent au quotidien, c’est rendre les victimes responsables de leur oppression et déculpabiliser les oppresseurs. C’est perpétuer le racisme structurel dont personne ne veut jamais entendre parler tout en le protégeant. Pourquoi ce serait toujours aux mêmes d’être irréprochables et pas aux autres de ne pas tomber dans les généralisations faciles ? Booba et Kaaris ne sont représentatifs que d’eux-mêmes.

S’il y a bien une phrase qui me fera toujours sortir de mes gonds, c’est-celle-ci : « Tant que les noir·e·s ne se respecteront pas, les autres ne les respecteront pas ».

Elle sous-tend que l’égalité raciale ne peut avoir lieu que si les Noirs arrivent à prouver aux Blancs qu’ils sont dignes d’être traités avec égalité, dignité et respect. C’est ce qu’aux Etats-Unis on appelle la « politique de respectabilité ». Les tenants de cette politique, noir·e·s ou blanc·he·s, estiment que les Noirs qui espèrent être acceptés pas les Blancs (et les autres) doivent se conduire de manière à susciter le respect et la sympathie plutôt que la peur et la colère chez les autres (souvent les Blancs). Ils doivent donc démontrer à travers leurs actes et leurs paroles, leur capacité à adopter et suivre les mêmes codes moraux que la classe moyenne blanche, alors même qu’ils sont déjà injustement victimes de discriminations.

Le rouage dans la politique de respectabilité comme le souligne la blogueuse MsDreydful, réside justement dans le fait que « ces ‘règles’ sont facilement intégrées par les racisé-e-s, dans le but de se tenir pour seuls responsables du racisme et des discriminations raciales qu’ils peuvent subir. Il s’agit d’un outil raciste, permettant aux communautés non-blanches de se blâmer elles-mêmes pour le racisme subi, lorsqu’elles ne se conforment pas à la normalité blanche. Bien sûr, cet outil est aussi (et même d’abord) à l’usage des blancs, afin de se dédouaner de toute responsabilité dans les problèmes de racisme ‘puisque c’est à raison qu’ils discriminent, puisque les racisé-e-s ne sont pas capables de se comporter comme eux’. »

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Wilfried E.K

Fondateur de WYAT Magazine et rédac' chef improvisé! Et sinon, je suis consultant en Marketing affinitaire et en communication digitale. Je suis spécialisé dans les cultures afros.

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