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Le jour où j’ai cessé d’être l’ami noir de mes ami·e·s blanc·h·e·s

Quand j’étais étudiant, un soir, je suis arrivé en dernier à un apéro et en ouvrant la porte, j’ai entendu un de mes potes plaisanter: “Ah bah! Il est là le nôtre”! C’est en apercevant un autre noir dans la pièce que j’ai capté que par “le nôtre”, il fallait comprendre “notre pote renoi”. Toute la pièce était hilare tandis que mon semblable et moi échangions quelques sourires gênés.

A l’époque, j’étais le seul noir de ma promo (environ deux cents étudiant·e·s quand même). Du coup, je suis vite devenu le “Token Black”. C’était cool de m’avoir comme ami. Contrairement aux autres (noirs) censés tenir les murs avec leurs acolytes les “arabes”, moi, j’étais “inoffensif”. J’ai échoué à la deuxième place au concours du Mister de ma promo, en Week-end d’intégration, même si pour la plupart des gens, je restais “le vrai Mister”. J’étais le Google Noir, celui qu’il fallait consulter sur tout ce qui concernait les noir·e·s et je cristallisais tous les délires fétichistes: “tu veux pas faire la même coupe que “insérer-le nom-d’une-célébrité-ou-d’un-personnage noir·e ici” pour voir?”.

Quand en soirée, il y avait un autre “black”, mes ami·e·s se montraient rassurant·e·s: “il danse super bien mais tu restes indétrônable”. J’étais leur noir préféré: drôle, de bonne humeur, cool, sapé. J’étais avec eux comme Omar Sy pour les français ou Kanye West pour les Kardashians. J’étais le seul, l’unique, le meilleur. Bref il n’y avait pas l’Homme pour moi. Et je le leur rendais bien: en faisant semblant de rire à certaines blagues franchement limites même quand j’étais très  inconfortable ou encore en bottant en touche lorsque les conversations bifurquaient vers des sujets liés à la race, au racisme ou encore à l’immigration. J’évitais ainsi de “casser l’ambiance” et je les maintenais dans l’illusion qui veut que les “couleurs n’existent pas”. Tout était parfait dans le meilleur des mondes, à un détail près: Token Black avait un alter égo, Blingcool Le Blédard.

Quand j’ai commencé, personne, ni parmi mes proches, ni dans mon réseau, ne savait que je tenais une tribune en ligne où j’abordais les questions liées à la race, au racisme et tous ces autres sujets auxquels je m’intéressais de plus en plus secrètement. Je craignais que la perception que les autres avaient de moi ne change et que je ne passe pour “trop militant”, “activiste”, voire pour une personne en train de se “radicaliser”. Introverti de nature (même si on ne dirait pas), BLB disait par écrit ce que je n’arrivais pas à formuler oralement.

Peu à peu, j’ai commencé à m’affirmer timidement au sein de mon groupe d’ami·e·s blanc·h·e·s. D’abord par le biais de l’humour (Ce qui m’inspirera ceci plus tard). Puis de manière plus franche, comme la fois où je leur ai balancé un extrait du film la Venus Noire sans trop m’étendre, en espérant qu’ils comprennent d’eux-même comment je me sentais chaque fois que je débarquais avec mon afro et que je me voyais assailli de mains baladeuses. Le succès de mon blog a fini par transcender les Internets et trouver écho dans mon entourage, y compris à la Fac. Comme je le redoutais, certaines personnes ont  peu à peu changé, se montrant plus crispées, envoyant quelques “piques” de temps à autres. La situation devenait de plus en plus inconfortable. Puis, vint ce jour où je me suis enfin décidé.

Je revenais de mon année d’étude en Angleterre. J’avais découvert que là-bas, on avait pas peur d’appeler un chat un chat, un blanc un blanc ou un noir un noir; que là-bas, la communauté noire existait et était reconnue comme telle y compris au sein de la Fac sans pour autant que “être pro-black” ne signifie être “Anti-white” (“Pro-Black does not mean Anti-White”, qu’ils disent). Le 30 septembre 2012 donc, de retour en France, Blingcool et Wilfried sont officiellement devenus la même personne:

Depuis ce jour, les choses ont changé. Mes relations ont évolué.J’ai perdu quelques potes blanc·h·e·s au passage et, plus surprenant, d’autres, noir·e·s, ont un peu pris leur distance (c’est là que j’ai découvert que nous étions plus de “Token Black” que je ne le pensais). Mais surtout,  je me suis octroyé le privilège d’être en phase avec moi-même partout, en tout instant. Et c’est jouissif. 

A lire AussiIl faut qu’on parle de ta façon t’encenser l’autre parce qu’il a fait un truc « Africain »

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Wilfried E.K

Fondateur de WYAT Magazine et rédac' chef improvisé! Et sinon, je suis consultant en Marketing affinitaire et en communication digitale. Je suis spécialisé dans les cultures afros.

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