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Pour tonton Wonder l’appropriation culturelle de Bruno Mars, c’est des foutaises (Et il a raison)

[Ecrit avec la contribution de Wilfried E.K]

Mister Wonder, le seul et l’unique (un peu de respect quand même ! ) a parlé : pour lui, l’appropriation culturelle – concernant la récente polémique autour de Bruno Mars, c’est des foutaises.

Après que Bruno Mars ait été accusé par l’écrivaine Seren Sensei de s’approprier la culture noire américaine, se retrouvant ainsi au coeur d’une vive polémique, Stevie Wonder a décidé de prendre sa défense . Selon l’écrivaine, le chanteur Bruno Mars jouerait sur son « ambiguïté raciale » (fait qu’on ne puisse pas déterminer au premier coup d’œil à quel groupe ethnique ou à quelle « race » il appartient) pour être accepté partout.

L’appropriation culturelle, une excuse à « nos insécurités »

Selon Stevie Wonder, « Dieu a créé la musique pour que nous puissions tous en profiter ». Parler d’appropriation culturelle reviendrait donc à exprimer nos peurs et insécurités. Pour lui , Bruno Mars est simplement « un grand artiste qui s’inspire de grands artistes et musiciens ».

Alors qu’il a remporté le Grammy du meilleur album de l’année avec 24K Magic, Bruno Mars est connu pour sa culture musicale riche et très portée sur la black Music. Maintenant, franchement, peut-on vraiment lui reprocher d’avoir d’aussi bons goûts musicaux?

Un questionnement légitime

Bon, d’accord, parler « d’appropriation culturelle » peut paraître un peu tiré par les cheveux dans le cas de Bruno Mars, mais cette polémique a au moins le mérite de soulever le débat quant aux limites du concept d’appropriation culturelle, devenu récurrent dans les discussions au sein de la communauté noire.

Oui, disons-le, le système est fait de telle sorte que dans l’industrie musicale, il est beaucoup plus rentable de faire vendre la musique noire par un·e non-noir·e. « Everybody want to be blackbut nobody want to be black« . Le whitewashing (blanchiment) de la musique noire est l’une des plus vieilles traditions pratiquées aux Etats-Unis.

En 1989, la diva Whitney Houston se faisait ainsi huer par la communauté noire aux SoulTrain Awards…Et pour cause, la chanteuse a longtemps été considérée comme un pur « produit » de la pop noire « conçu » pour une audience blanche. En 2016, à la mort de la légende Prince, les médias s’empressent de le décrire comme « métis », déclarant qu’il « transcendait » la race alors même que l’artiste qui a toujours revendiqué sa négritude voyait ses vidéos boycottées par MTV à cause de cela. Aujourd’hui encore, de nombreuses et nombreux artistes talentueux-ses à l’instar de Jazmin Sullivan – pour ne citer qu’elle – sont sous-estimés quand d’autres comme Adèle brillent sous les feux des projecteurs et sont au top des charts. On comprend donc d’où vient cette nécessité pour les noir·e·s américain·e·s d’être sur les gardes quant à leur héritage culturel. Pour autant, cela doit-il vraiment s’appliquer à Bruno Mars?

Peut-on parler d’appropriation culturelle ?

Il est vrai que les origines de Bruno Mars peuvent prêter à confusion: teint basané mais pas noir, cheveux frisés pas crépus…Toujours est-il qu’en tant que porto-ricain et philippin, il est à plusieurs égards considéré comme faisant partie des POC – People Of color (Personnes de couleur ou « racisés »). Alors oui, Mars bénéficie carrément de son « ambiguïté raciale ». On ne peut nier que plus les origines d’un·e artiste sont imperceptibles, plus il est facile pour lui/elle de tomber les barrières et de transcender les genres.  Doit-on pour autant faire un procès d’intention à Mars qui vit de sa passion et qui rend hommage à une culture qu’il aime parce qu’il n’appartiendrait pas à celle-ci? N’y a-t-il pas ici une confusion entre appropriation culturelle et appréciation culturelle?

Le premier concept renvoie à la reproduction et la revendication des éléments d’une culture dite minoritaire par une autre dite dominante, sans que cette dernière ne montre qu’elle comprend et respecte la première culture. Grosso-modo, il y a appropriation culturelle  lorsque les tresses africaines sont encensées sur la tête d’une Kim Kardashian qui prend soin de les renommer et de se les attribuer au passage alors que sur la tête des femmes noires à l’origine de celles-ci, ces mêmes tresses sont sévèrement critiquées.

A l’inverse, l’appréciation culturelle sous-entend qu’il y a un échange égalitaire de pouvoir et de culture qui est reconnu par les deux parties et se fait dans le respect. La démarche sera donc plutôt respectueuse et honorifique, sans aucun rapport de domination. Bruno Mars qui a souvent collaboré avec des artistes noir·e·s n’a jamais caché d’où venait son inspiration là où d’autres comme Justin Timberlake , Iggy Azalea ou encore Miley Cyrus ont souvent « emprunté » à la Black Music sans mentionner les crédits. En 2017, Bruno Mars évoquait déjà son rapport à la « Black Music » dans le magazine Latina.

« Quand vous dites « musique noire « , comprenez que vous parlez de rock, de jazz, de R & B, de reggae, de funk, de doo-wop, de hip-hop et de Motown. Les Noirs ont tout créé. Êtant porto-ricain, même la salsa remonte à la terre-mère [Afrique]. Donc, dans mon monde, la musique noire signifie tout. C’est ce qui donne à l’Amérique son swag. Je suis un enfant qui a grandi dans les années 90. La musique pop était fortement enracinée dans le R & B de Whitney, Diddy, Dr Dre, Boyz II Men, Aaliyah, TLC, Babyface, New Edition, Michael, et bien d’autres encore. En tant qu’enfants, c’est ce qui jouait sur MTV et à la radio. C’est ce que nous dansions à l’école et dans les barbecues. Je ne serais pas là si ce n’était ces artistes qui m’ont inspiré. Ils m’ont apporté tellement de joie et ont créé la bande originale de ma vie remplie de souvenirs que je n’oublierai jamais. Plus important encore, ils étaient les superstars qui ont mis la barre haute pour moi et m’ont montré ce qu’il faut pour chanter une chanson qui peut faire danser le monde entier, ou donner une performance dont les gens parleront pour toujours. Les regarder m’a fait me sentir comme si je devais être aussi bon qu’ils l’étaient pour ne serait-ce qu’avoir une chance dans cette industrie de la musique. Tu dois chanter comme si Jodeci jouait avec toi et dansait comme si Bobby Brown jouait après (toi). »

En fin de compte, Bruno Mars est un parfait exemple de ce que l’appropriation culturelle n’est pas. Certes, c’est une véritable aberration que Mars ait réussi là où d’autres artistes noirs plus illustres ont échoué. En effet, Michael Jackson n’a gagné qu’un Grammy de l’album de l’année pour Thriller et Prince n’en a par exemple jamais gagné de son vivant. Cependant, la frustration concernant le succès de Brunos Mars doit être redirigée vers le système et la culture du consommateur. « Don’t hate the player hate the game ».  A force d’évoquer des concepts complexes à tout va, ils finiront pas perdre leur véritable sens.

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