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« Ils ont fait comme si rien n’était plus important que l’Egypte »

Il paraît que la connaissance historique joue un grand rôle dans la vie humaine et constitue une véritable source d’enseignement.
L’histoire précoloniale des Africains gît encore et attend toujours de ne plus être laissée pour compte par ses tributaires. Comment se vêtaient nos ancêtres ? Le cache-sexe et le bouquet de feuilles dans le postérieur sont-ils l’apanage des pygmées ? Les Fang-Beti chiquaient-ils réellement du colon comme on le fait du poulet ? Quelle espèce de chimpanzé aurais-je eu à saloper pour être considéré comme un homme ? Le totem de mon clan était-il un cafard, ou bien mes ancêtres vénéraient-ils des mouches avant l’introduction du christianisme ? Quid de la philosophie Africaine, des grands royaumes et des religions Originelles ? Autant d’interrogations qui subissent l’incurie générale de notre génération.

A côté, il semblerait que ce que peuvent nous révéler Nefertiti, Akhenaton et autres Shabaka prévaut encore sur ce que nous narrent nos aïeux les plus proches depuis des lustres, à travers une tradition orale qui devient obsolète et s’éteint à petit feux. Une ribambelle d’Africains mélanodermes a récupéré le mouvement Afrocentriste pour palier à un complexe d’infériorité vis-à-vis de son Histoire et entend prier des dieux méconnus des anciens. Non pas que l’Afrocentricité soit un paradigme de complexés comme l’avancèrent les critiques les moins pertinentes et argumentées dans le temps. Non pas qu’il faille non plus récuser une quelconque subjectivité historique car les récits de chasse ont souvent, non, toujours bel et bien tourné à la gloire du chasseur. Mais le triple bond qui va de notre époque à l’Egypte Antique sans aucune escale érige cette dernière comme seule pesante de notre Histoire : « ils ont fait comme si rien n’était plus important que l’Egypte », disait Jean-Paul Pougala.

A la question de savoir si « L’Homme Africain n’est pas assez entré dans l’histoire », certains esprits adoptent une épistémologie copiée sur le modèle occidental. Celui-ci hiérarchise les différences anthropologiques en termes de « civilisation », notion fondée – entre autres – sur les avancées techniques. A travers le prisme occidental et dès lors que l’on dissocie l’Egypte pharaonique des sociétés Africaines actuelles, celles-ci ne pèsent plus suffisamment et historiquement sur la scène mondiale. Cheikh Anta Diop, conscient que soutenir mordicus une Civilisation Egyptienne Nègre c’est gloser une sorte de régression culturelle, tenta de nous dépêtrer de cet embarras :

« Quand les Nègres du Nil (…) pénètrent de plus en plus dans le continent, ils rencontreront des conditions physiques et géographiques différentes. (…) On comprend que certains éléments de la civilisation nègre aient disparu à l’intérieur du continent tandis que d’autres aient demeurés jusqu’à nos jours. »

Mais son propos ne me convainquit que partiellement tant il allait à l’encontre de l’idée du progrès technique. Nous savions « bâtir des maisons, administrer des empires, construire des villes, cultiver des champs, tisser le coton, forger le fer ». Mais la technique semble ne pas souvent avoir été employée pour répondre à un besoin de domination sur la nature (et sur les hommes), besoin naturel (et fondamental) dans d’autres sociétés. Finalement, ce sera Fanon, dans son œuvre PEAUX NOIRES, MASQUES BLANCS, qui me mettra la puce à l’oreille :

« J’épouse le monde ! Je suis le monde ! Le Blanc n’a jamais compris cette substitution magique. Le Blanc veut le monde ; il le veut pour lui tout seul. Il se découvre le maître prédestiné de ce monde. Il l’asservit. Il s’établit entre le monde et lui un rapport appropriatif ».

L’adaptation d’une société au monde qui l’environne place la technique au fondement de la nature humaine. Les modèles Africain et Européen ne sont pas contradictoires mais se sont développés selon les défis climatiques et géologiques des localisations respectives (entre autres). La neige qui constitue pour l’Africain une contrainte a été colonisée par l’Occidental au point de devenir à double tranchant (paralyse certains secteurs et profitent à d’autres dans l’économie). La nature dans les sociétés Africaines est au centre des religions animistes qui y attribuent une âme à chaque élément, d’où cette absence d’un besoin de domination/modification à son égard ? Il a fallu plusieurs siècles – et cela reste très discutable – pour que l’on reconnaisse l’industrialisation de l’Afrique et encore plus pour que l’Occident se préoccupe réellement de Dame Nature en envisageant des lois environnementales. Ainsi, le problème de l’utilisation de la technique en Afrique n’en a été un que lors du contact avec les premiers européens. Les sociétés Africaines étaient – aux yeux des européens – peu évoluées techniquement mais plus attachées à des valeurs essentielles sur le plan humain et religieux.

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Wilfried E.K

Fondateur de WYAT Magazine et rédac' chef improvisé! Et sinon, je suis consultant en Marketing affinitaire et en communication digitale. Je suis spécialisé dans les cultures afros.

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