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Chers noirs, ce n’est pas à vous de définir ce que signifie être noir·e pour moi

Je suis une jeune femme afro-descendante, métisse, née d’un père d’origine sénégalaise et d’une mère normande. Plus jeune, s’il y a bien un aspect de ma vie avec lequel j’ai souvent eu des difficultés à me sentir à l’aise, c’était sur le fait de conjuguer cette identité.

J’ai passé la majeure partie de ma jeunesse dans ma famille normande. Les seules fois où j’avais l’occasion de côtoyer ma famille sénégalaise, c’était lors de moments très furtifs, pendant les grandes vacances, en région parisienne. Pour autant, je nourrissais une curiosité pour ce côté de moi que je ne connaissais que très peu. Très tôt, c’est-à-dire à l’adolescence, j’ai ressenti le besoin de m’envoler pour de nouvelles contrées et c’est ainsi que j’ai atterri en région parisienne, dans un environnement plus éclectique, culturellement métissé et donc propice à mon exploration.

Durant l’adolescence, c’était déjà assez difficile pour moi, comme pour beaucoup, de me forger une identité mais, la pression liée aux contraintes sociales et les stéréotypes m’ont rendu les choses encore plus compliquées. D’abord, parce qu’assez rapidement, j’ai commencé à essuyer des remarques de mes congénères noirs sur mes goûts musicaux ou vestimentaires, considérés comme « bizarres » pour ne pas dire « pas assez afros ou « noirs » ». De plus, on me rappelait bien que quoique je fasse, « les blanc·he·s me considèreraient toujours (et d’abord) comme une noire », telle une injonction à embrasser mon côté « afro » plus que normand.  Pour la première fois, je me sentais torpillée par le fait de vouloir en permanence choisir entre « me comporter comme une blanche » ou « me comporter comme une noire » même si j’avais toujours tort quand j’essayais d’agir dans un sens ou dans l’autre.

J’ai ainsi découvert qu’en tant qu’afro-descendants, nous sommes constamment sous pression pour suivre certains stéréotypes qu’une frange de la « communauté » et la société définissent comme correspondant au fait d’être « Noir ». Nous sommes orientés vers certaines musiques, certains goûts vestimentaires, certains intérêts vernaculaires et même amoureux. Et quiconque ne fait pas partie du spectre de la « normalité noire» de ce point de vue sera réprimé plus sévèrement par sa propre communauté que par la société.

« Les Noirs ne peuvent pas écouter du rock / métal » ; « Les Noirs ne peuvent pas s’habiller en punk / goth / ou autres modes alternatives » ; « Les Noirs ne peuvent pas être athées » ou a contrario ne peuvent être musulmans (« noirabes ») ou « christianisés » car ce sont des religions importées ; « Les hommes noirs ne peuvent pas être gays » ; « Les femmes noires ne sont pas vraiment gays, seulement bisexuelles et toujours féminines » ; « Les femmes noires ne peuvent pas être masculines (cela veut dire qu’elles veulent être des hommes) ».

Oh oui, la liste des bêtises continue encore et encore.

Plus vous vous éloignez de certains attributs, plus vous êtes digne des abus que vous pourriez subir. Parce que vous êtes ce qui ne va pas dans notre communauté. Vous avez le culot d’être une minorité détestée dans une minorité détestée et vous vous habillez bizarrement et écoutez de la musique diabolique. La communauté noire doit préserver la perception fragile des Noirs, et si vous vous dressez contre le statu quo tout en étant Noir, vous êtes une entrave.

Ce que nous ne savons pas dans la communauté noire, c’est que nous sommes tellement à l’aise de vivre dans les paramètres les plus étroits de ce que signifie être noir, que nous manquons l’expérience de la vie au sens propre. Nous nous refusons, nous et les autres, la possibilité d’être nous-mêmes. Nous laissons la perception que les Blancs ont de nous nous dicter notre comportement.

Il y a plus d’une expérience noire. Nous sommes multiples, divers et distincts. Ce que nous partageons, ce sont des cultures et notre humanité. Alors, je voudrais que les Noirs arrêtent d’essayer de me dire ce qui sonne « blanc » et ce qui sonne « noir », quel genre de musique je devrais écouter, ce que les noirs font et ne font pas. Qui êtes-vous pour définir l’identité de quelqu’un d’autre ? Qui êtes-vous pour contrôler un autre être humain simplement parce que vous n’êtes pas à l’aise avec ses différences ?

Nous sommes déjà conditionnés par le racisme auquel nous sommes confrontés de la part des autres, mais nous devons également reconnaître que les préjugés au sein de notre propre communauté sont tout aussi blessants.

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